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人的大地Terre des hommes
Les hommes
本章 421 组对照 · 第 4/14 页 · 已读 1%Il me rappelait cette première journée de Libye, au cours de laquelle Prévot et moi, échoués sans eau et condamnés, nous avons pu, avant d’éprouver une soif trop vive, dormir une fois, une seule, deux heures durant.
他使我想起在利比亚的第一天:我和普雷沃在没有水、注定死亡的情况下,趁口渴尚未过于强烈,只睡过唯一一次,整整两个小时。
J’avais eu le sentiment en m’endormant d’user d’un pouvoir admirable : celui de refuser le monde présent.
入睡时,我感觉自己正在运用一种奇妙力量:拒绝眼前的世界。
Propriétaire d’un corps qui me laissait encore en paix, rien ne distingua plus pour moi, une fois que j’eus enfoui mon visage dans mes bras, ma nuit d’une nuit heureuse.
当时我还拥有一个暂且让我安宁的身体;把脸埋进双臂后,那个夜晚与任何幸福之夜对我而言再无区别。
Ainsi le sergent reposait-il, roulé en boule, sans forme humaine, et, quand ceux qui vinrent le réveiller eurent allumé une bougie et l’eurent fixée sur le goulot d’une bouteille, je ne distinguai rien d’abord qui émergeât du tas informe, sinon des godillots.
中士就这样蜷缩成一团,失去了人的形状;来叫醒他的人点燃一支蜡烛,插在瓶口上,我起初只看见一双军靴从那团无形物中露出来。
D’énormes godillots cloués, ferrés, des godillots de journalier ou de docker.
那是一双钉着鞋钉、包着铁片的巨大军靴,像日工或码头工人的靴子。
Cet homme était chaussé d’instruments de travail, et tout, sur son corps, n’était qu’instruments : cartouchières, revolvers, bretelles de cuir, ceinturon.
这个人脚上穿着劳动工具,身上的一切也全是工具:弹药带、左轮手枪、皮背带和腰带。
Il portait le bât, le collier, tout le harnachement du cheval de labour.
他背负着驮具、项圈和耕马的全部挽具。
On voit au fond des caves, au Maroc, des meules tirées par des chevaux aveugles.
在摩洛哥的地窖深处,人们能看见由盲马拉动的磨盘。
Ici, dans la lueur tremblante et rougeâtre de la bougie, on réveillait encore lentement, montrant son visage aussi, un cheval aveugle afin qu’il tirât sa meule.
在这里,烛火颤动的红光中,人们也在慢慢唤醒一匹盲马;它逐渐露出面孔,准备去拉自己的磨盘。
« Hep ! Sergent ! »
“嘿!中士!”
Il remua lentement, montrant son visage encore endormi et baragouinant je ne sais quoi.
他慢慢动了动,露出仍在沉睡的面孔,含混地嘟囔着什么。
Mais il revint au mur ne voulant point se réveiller, se renfonçant dans les profondeurs du sommeil comme dans la paix d’un ventre maternel, comme sous des eaux profondes, se retenant des poings qu’il ouvrait et fermait, à quelles algues noires.
可他又转向墙壁,不愿醒来,重新沉入睡眠深处,如同沉入母腹的安宁,又如沉入深水;他一张一合地握着拳头,仿佛紧抓着某些黑色水草。
Il fallut bien lui dénouer les doigts.
人们不得不掰开他的手指。
Nous nous assîmes sur son lit, l’un nous passa doucement son bras derrière son cou, et souleva cette lourde tête en souriant.
我们坐到他的床边,其中一人轻轻把胳膊伸到他颈后,微笑着托起那颗沉重的头。
Et ce fut comme, dans la bonne chaleur de l’étable, la douceur de chevaux qui se caressent l’encolure.
那情景就像温暖马厩中,马匹温柔地互相摩挲颈项。
« Eh ! compagnon ! »
“嘿!伙计!”
Je n’ai rien vu dans ma vie de plus tendre.
我一生从未见过比这更温柔的景象。
Le sergent fit un dernier effort pour rentrer dans ses songes heureux, pour refuser notre univers de dynamite, d’épuisement et de nuit glacée ; mais trop tard.
中士最后一次努力想返回幸福的梦境,拒绝我们这个由炸药、疲惫和冰冷黑夜构成的世界;可已经太迟。
Quelque chose s’imposait qui venait du dehors.
某种来自外界的东西不可抗拒地逼近。
Ainsi la cloche du collège, le dimanche, réveille lentement l’enfant puni.
就像星期天学校的钟声慢慢唤醒受罚的孩子。
Il avait oublié le pupitre, le tableau noir et le pensum.
他已经忘记课桌、黑板和罚写作业。
Il rêvait aux jeux dans la campagne ; en vain.
他梦见乡间的游戏;然而徒劳。
La cloche sonne toujours et le ramène, inexorable, dans l’injustice des hommes.
钟声始终响着,无情地把他带回人世的不公。
Semblable à lui, le sergent reprenait peu à peu à son compte ce corps usé par la fatigue, ce corps dont il ne voulait pas, et qui, dans le froid du réveil, connaîtrait avant peu ces tristes douleurs aux jointures, puis le poids du harnachement, puis cette course pesante, et la mort.
中士与那孩子一样,逐渐重新接管这个被疲劳磨损、他并不想要的身体;在清醒的寒冷中,这身体很快将感到关节的酸痛、挽具的重量、沉重的奔跑,以及死亡。
Non tant la mort que la glu de ce sang où l’on trempe ses mains pour se relever, cette respiration difficile, cette glace autour ; non tant la mort que l’inconfort de mourir.
与其说是死亡,不如说是为了重新站起而把双手浸入的黏稠鲜血,是呼吸困难,是四周的冰冷;与其说是死亡,不如说是死去过程中的不适。
Et je songeais toujours, le regardant, à la désolation de mon propre réveil, à cette reprise en charge de la soif, du soleil, du sable, à cette reprise en charge de la vie, ce rêve que l’on ne choisit pas.
我看着他,始终想起自己醒来时的凄凉:重新承担口渴、太阳与沙漠,重新承担生命——这个无法选择的梦。
Mais le voilà debout, qui nous regarde droit dans les yeux :
可他已经站了起来,直视着我们的眼睛:
« C’est l’heure ? »
“时间到了吗?”
C’est ici que l’homme apparaît.
正是在这里,人显现出来。
C’est ici qu’il échappe aux prévisions de la logique : le sergent souriait !
正是在这里,他逃出了逻辑的预料:中士竟然在微笑!
Quelle est donc cette tentation ?
究竟是什么诱惑在召唤他?
Je me souviens d’une nuit de Paris où Mermoz et moi ayant fêté, avec quelques amis, je ne sais quel anniversaire, nous nous sommes retrouvés au petit jour au seuil d’un bar, écœurés d’avoir tant parlé, d’avoir tant bu, d’être inutilement si las.
我想起巴黎的一个夜晚:梅尔莫兹和我同几位朋友庆祝了某个记不清的纪念日,黎明时来到一家酒吧门口,因为说得太多、喝得太多、毫无意义地疲惫不堪而感到厌恶。