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追风筝的人Les Cerfs-Volants de Kaboul
Chapitre 25
本章 135 组对照 · 第 2/5 页 · 已读 1%Il soutint froidement mon regard, puis reporta son attention ailleurs. Ses yeux étaient aussi vides de toute étincelle que lorsque je l’avais tiré de la baignoire. Je ramassai le sac en papier posé entre mes pieds pour en extraire l’exemplaire d’occasion du Shahnameh que j’avais acheté à la librairie.
他冷冷地看了我一眼,又把目光移开。那双眼睛和我把他从浴缸里抱出来时一样,完全没有光。我捡起脚边的纸袋,取出在书店买的那本二手《列王纪》。
— Je le lisais à ton père quand nous étions petits, fis-je en lui montrant la couverture. On montait sur la colline près de la maison et on s’asseyait sous un grenadier…
“我们小时候,我常读这本书给你父亲听。”我把封面给他看,“我们会爬到家旁边的山坡上,坐在一棵石榴树下……”
Je n’achevai pas ma phrase. Sohrab contemplait de nouveau le jardin derrière la fenêtre. Je me forçai à sourire.
我没有把话说完。索拉博又望向窗外的花园。我强迫自己露出笑容。
— Ton père adorait l’histoire de Rostam et Sohrab. C’est à lui que tu dois ton prénom, tu sais. (Je me tus, envahi par le sentiment d’être complètement ridicule.) Bref, il me racontait dans sa lettre que c’était aussi ta préférée, alors j’ai pensé t’en lire une partie. D’accord ?
“你父亲最喜欢鲁斯塔姆和索拉博的故事。你知道吗,你的名字就是由此而来。”(我停下来,觉得自己荒唐透顶。)“总之,他在信里告诉我这也是你最喜欢的故事,所以我想读一段给你听。好吗?”
Ses paupières se fermèrent. Il les couvrit de son bras meurtri. J’ouvris le livre à la page que j’avais cornée dans le taxi. — Allons-y, lançai-je, en me demandant pour la première fois ce qu’avait pensé Hassan quand il avait déchiffré seul le Shahnameh et constaté que je l’avais abusé à de nombreuses reprises. « Écoutez le récit déchirant du combat de Sohrab contre Rostam, commençai-je. Rostam se leva un matin, plein de sombres pressentiments. Il se rappela… »
他闭上眼睛,用受伤的手臂遮住眼睛。我翻到在出租车里折了角的那一页。“那就开始吧。”我说着,第一次想到:哈桑后来自己读懂《列王纪》,发现我曾一次又一次骗他时,心里会怎么想。“请听索拉博与鲁斯塔姆交战的悲惨故事,”我念道,“一天清晨,鲁斯塔姆醒来,心头充满不祥的预感。他想起……”
Je lui lus le premier chapitre presque dans sa totalité, jusqu’au moment où le jeune guerrier Sohrab s’en va trouver sa mère, Tahmineh, princesse de Samengan, pour s’enquérir de l’identité de son père.
我几乎把第一章从头读到尾,一直读到年轻武士索拉博去找母亲、萨曼冈公主塔米娜,询问亲生父亲是谁的地方。
— Il y a le récit des batailles après, tu t’en souviens ? Sohrab marche à la tête de son armée sur le Château blanc en Iran. Je continue ?
“后面就是战争的故事了,你还记得吗?索拉博率领军队进攻伊朗的白堡。要我接着读吗?”
Il me fit lentement signe que non. Je rangeai le livre dans mon sac, encouragé par ce début de réponse.
他慢慢摇头。我把书收回纸袋,因为这点回应而受到鼓舞。
— Pas de problème. On n’aura qu’à reprendre demain. Comment te sens-tu ? Sa bouche laissa échapper un son rauque. Le Dr Nawaz m’avait expliqué qu’il fallait s’y attendre, en raison du tube qu’on lui avait inséré entre les cordes vocales. Sohrab s’humecta les lèvres.
“没关系。我们明天接着读。你感觉怎么样?”他的嘴里发出沙哑的声音。纳瓦兹医生已经提醒过我,因为曾有导管从他的声带之间插入,这是正常现象。索拉博舔了舔嘴唇。
— Fatigué, réussit-il à articuler. — C’est normal, le Dr Nawaz m’a prévenu… Il secoua la tête. — Quoi, Sohrab ? Il grimaça lorsqu’il se remit à parler d’une voix enrouée, à peine plus forte qu’un murmure. — Fatigué de tout. Je soupirai et m’affaissai sur ma chaise. Un rai de lumière tombait sur le lit entre nous et, durant un court instant, le visage au teint grisâtre en face de moi m’apparut comme le sosie parfait d’Hassan. Pas l’Hassan avec lequel je jouais aux billes jusqu’à ce que le mollah entonne l’azan du soir et qu’Ali nous enjoigne de rentrer. Pas celui que je poursuivais sur notre colline tandis que le soleil s’abaissait derrière les toits d’argile à l’ouest. Non, l’Hassan tel que je l’avais vu pour la dernière fois par la fenêtre de ma chambre, traînant ses affaires derrière Ali sous une pluie diluvienne, en été, pour les fourrer dans le coffre de la voiture de Baba.
“累。”他勉强说出口。“这很正常,纳瓦兹医生告诉我……”他摇头。“怎么了,索拉博?”他再次开口时皱起脸,声音嘶哑,只比耳语稍响一点。“所有事情都让我累。”我叹口气,瘫坐在椅子上。一束阳光落在我们之间的床上,有那么短短一瞬,对面那张灰白的脸仿佛与哈桑一模一样。不是那个和我玩弹珠、直到毛拉唱起晚祷召唤、阿里叫我们回家的哈桑。也不是那个夕阳落到西边泥屋顶后时,我在山坡上追逐的哈桑。而是我最后一次从卧室窗户看见的哈桑:夏日暴雨中,他拖着行李跟在阿里身后,把东西塞进爸爸汽车的后备厢。
— Fatigué de tout, répéta-t-il. — Que puis-je faire, Sohrab ? S’il te plaît. — Je veux… Il grimaça de nouveau et porta une main à son cou comme pour se débarrasser de ce qui le gênait. Mon regard fut immanquablement attiré par les bandes de gaze blanche enserrant son poignet.
“所有事情都让我累。”他又说了一遍。“我能为你做什么,索拉博?求你告诉我。”“我想……”他再次皱起脸,一只手摸向喉咙,仿佛想把里面碍事的东西赶走。我的目光无可避免地落到缠住他手腕的白色纱布上。
— Je veux mon ancienne vie, souffla-t-il. — Oh, Sohrab ! — Je veux mon père et ma mère. Je veux Sasa. Je veux rejouer avec Rahim khan sahib dans le jardin. Je veux notre maison. (Il cacha de nouveau ses yeux derrière son avant-bras.) Je veux mon ancienne vie.
“我想回到从前的生活。”他低声说。“哦,索拉博!”“我想要爸爸妈妈。我想要萨莎。我想再和拉辛汗老爷在花园里玩。我想回到我们的房子。”(他又用前臂遮住眼睛。)“我想要从前的生活。”
Je ne savais que répondre, ni quelle contenance adopter, aussi fixai-je mes mains. Ton ancienne vie, pensai-je. La mienne, aussi. Je me suis amusé dans le même jardin que toi. J’ai vécu dans la même maison. Mais l’herbe s’est flétrie et la Jeep d’un étranger est garée dans l’allée, où elle pisse de l’huile sur l’asphalte. Notre ancienne vie n’est plus, Sohrab, et tous ceux qui la peuplaient sont morts ou à l’agonie. Il ne reste plus que toi et moi. Juste toi et moi.
我不知道该说什么,也不知道该摆出怎样的神情,于是只能盯着自己的双手。你从前的生活,我心想。也是我从前的生活。我曾在和你相同的花园里玩耍,住在同一栋房子里。可草已经枯萎,一个陌生人的吉普车停在车道上,把机油滴在柏油路面。我们过去的生活已经不存在了,索拉博,生活在那里的人不是死了,就是濒临死亡。只剩下你和我。只有你和我。
— Je ne peux pas te la rendre. — J’aurais préféré que vous n’ayez pas… — Ne dis pas ça.
“我没办法把那种生活还给你。”“我倒希望您没有……”“别这么说。”
— … que vous n’ayez pas… j’aurais préféré que vous m’ayez laissé dans l’eau. — Ne dis pas ça, Sohrab, insistai-je en me penchant vers lui. Je ne supporte pas de t’entendre parler ainsi.
“……希望您没有……我倒希望您当时就让我留在水里。”“别这么说,索拉博。”我俯身靠近他,坚持道,“我受不了听你这样说。”
Je lui effleurai l’épaule, mais il sursauta et s’écarta. Avec tristesse, je me rappelai comment il avait fini par s’habituer à moi peu avant que je rompe ma promesse.
我轻轻碰了碰他的肩膀,他却猛地一缩,躲开了。我悲伤地想起,就在我违背承诺之前,他才刚刚开始习惯我。
— Sohrab, il m’est impossible de ressusciter le passé, et pourtant Dieu sait que j’aimerais. Par contre, je peux te ramener à la maison avec moi. C’est ce que je venais t’apprendre quand je suis entré dans la salle de bains. Tu as un visa pour les États-Unis. Tu vivras avec ma femme et moi. C’est vrai, je te le jure.
“索拉博,我没有办法让过去复活,真主知道我有多么希望自己能做到。但我可以带你跟我回家。我走进浴室时,本来就是来告诉你这件事的。你已经拿到去美国的签证。你会和我妻子还有我一起生活。这是真的,我发誓。”
Il soupira par le nez et ferma les yeux. Je m’en voulus immédiatement d’avoir prononcé ces derniers mots.
他从鼻子里叹了口气,闭上眼睛。我立刻后悔说出了最后那几个字。
— J’ai commis beaucoup d’erreurs que je déplore aujourd’hui, et peut-être aucune plus que d’avoir repris la parole que je t’avais donnée. Mais ça ne se reproduira plus. Je suis sincèrement désolé. J’implore ton bakhshesh, ton pardon. Tu y arriveras ? Tu arriveras à me pardonner ? À me croire ? (Je baissai la voix.) Tu viendras avec moi ?
“我犯过许多如今深感悔恨的错误,而其中也许没有哪一件比收回对你的承诺更严重。但这种事不会再发生。我真的非常抱歉。我请求你的bakhshesh,请你原谅我。你能做到吗?你能原谅我吗?能相信我吗?”(我压低声音。)“你愿意跟我走吗?”
Alors que j’attendais sa réponse, mon esprit me ramena en arrière, des années plus tôt. Hassan et moi étions assis dans la neige, sous un cerisier. J’avais joué à un jeu cruel avec lui ce jour-là en le défiant d’accepter de manger des excréments pour me prouver sa loyauté. À présent, c’était à mon tour de subir le même examen, de devoir démontrer ma valeur. Je le méritais.
等待他回答时,我的思绪把我带回许多年前。哈桑和我坐在樱桃树下的雪地里。那天我和他玩了一个残忍的游戏,逼他答应吃下粪便,以此证明他对我的忠诚。如今轮到我接受同样的考验,轮到我证明自己的价值。这是我应得的。
Sohrab roula sur le côté, me tournant le dos. Il resta muet un long moment. Puis, juste quand je le supposai endormi, il déclara de sa voix éraillée :
索拉博翻过身,背对着我。他沉默了很久。就在我以为他已经睡着时,他用沙哑的声音说:
— Je suis si khasta. Si fatigué. Je le veillai le temps qu’il sombre dans le sommeil. Quelque chose était brisé entre lui et moi. La lueur d’espoir qui s’était timidement invitée dans ses yeux avant mon entretien avec Omar Faisal s’était enfuie, et je me demandais quand elle oserait revenir. Je me demandais aussi quand Sohrab retrouverait le sourire. Quand il me referait confiance. Si jamais il s’y risquait.
“我太khasta了。太累了。”我守着他,直到他沉入睡眠。我和他之间有什么东西已经破碎了。他去见奥马尔·费萨尔之前,眼中才怯生生出现的希望之光已经逃走,我不知道它何时才敢回来。我也不知道索拉博何时才会重新微笑,何时才会再相信我。甚至不知道他是否还会冒险这样做。
Je quittai sa chambre pour me mettre en quête d’un nouvel hôtel, loin de me douter qu’une année allait s’écouler sans qu’il prononce un seul mot.
我离开病房去找一家新酒店,完全没有想到,接下来整整一年,他一个字也不会说。
Au bout du compte, il n’accepta jamais vraiment mon offre. Pas plus qu’il ne la déclina. Mais lorsqu’on lui ôta ses pansements et que l’hôpital récupéra les pyjamas prêtés, il sentit bien qu’il n’était qu’un orphelin hazara et sans abri parmi tant d’autres. Quel choix avait-il ? Où aurait-il pu aller ? Ce que j’interprétai comme un oui de sa part releva en réalité davantage d’une reddition silencieuse, d’un abandon, non d’un véritable consentement. Sohrab était trop las pour décider de son sort, et trop fatigué pour croire en quoi que ce soit. Lui qui rêvait de son ancienne vie dut se contenter des États-Unis et de moi. Non que cela fût si catastrophique, tout bien considéré, mais je ne pouvais bien sûr pas le lui dire. Garder le sens de la mesure se révèle utopique quand un essaim de démons bourdonne continuellement en vous.
到最后,他从未真正接受我的提议,也没有明确拒绝。但当绷带被拆掉、医院收回借给他的睡衣时,他很清楚,自己只是无数无家可归的哈扎拉孤儿中的一个。他有什么选择?又能去哪里?我所理解的那个“同意”,其实更像无声的投降,是彻底放弃,而不是真正的许可。索拉博已经疲惫得无法决定自己的命运,也疲惫得无法再相信任何事。那个渴望旧日生活的孩子,只能接受美国和我。平心而论,这并不算多么糟糕,可我当然无法这样告诉他。当一群恶魔不停在你身体里嗡嗡盘旋时,要求一个人保持分寸和理性,不过是一种幻想。
Une semaine plus tard, je traversai une bande de tarmac noir brûlant avec le fils d’Hassan, arrachant ainsi ce dernier à la certitude du chaos pour le plonger dans un chaos d’incertitudes.
一周后,我牵着哈桑的儿子走过滚烫的黑色停机坪,把他从确定无疑的混乱中带走,投入另一种充满不确定性的混乱。
Un jour que je me trouvais dans la section westerns d’un vidéoclub à Fremont, peut-être en 1983 ou 1984, un type qui buvait du Coca-Cola à côté de moi me montra Les Sept Mercenaires en s’enquérant si je l’avais déjà vu.
有一次,我在弗里蒙特一家录像店的西部片区挑片,大概是一九八三年或一九八四年。旁边一个喝可口可乐的家伙拿起《豪勇七蛟龙》,问我看过没有。
— Oui, treize fois. Charles Bronson meurt à la fin, de même que James Coburn et Robert Vaughn.
“看过,十三遍。查尔斯·布朗森最后死了,詹姆斯·柯本和罗伯特·沃恩也死了。”
Il me jeta un regard noir, comme si j’avais craché dans sa boisson. — Merci, vieux, fit-il. Il secoua la tête et grommela quelque chose en s’éloignant. J’appris à cette occasion que, aux États-Unis, mieux valait ne pas dévoiler le dénouement d’un film si l’on ne souhaitait pas être couvert d’opprobre et contraint de s’excuser aussi platement que si l’on avait commis un péché capital.
他狠狠瞪了我一眼,仿佛我往他的饮料里吐了口水。“多谢啊,老兄。”他说着摇摇头,嘴里嘟囔着什么走开了。那次我才明白,在美国,如果不想遭人鄙视、不想像犯了滔天大罪一样低声下气地道歉,最好不要提前泄露电影结局。
En Afghanistan, seul compte l’épilogue. Quand Hassan et moi rentrions du cinéma Zainab, la même question revenait toujours sur les lèvres d’Ali, de Rahim khan, de Baba et de la myriade de ses amis et cousins éloignés qui défilaient chez nous en permanence : l’héroïne goûtait-elle enfin au bonheur ? Le bacheh film, le héros, devenait-il kamyab ou bien nah-kam ? Ses rêves se réalisaient-ils ou étaient-ils voués à l’échec ?
在阿富汗,人们只在乎结局。哈桑和我从宰娜卜电影院回家时,阿里、拉辛汗、爸爸,以及那些总在我家进进出出的无数朋友和远房亲戚,嘴里问的永远是同一个问题:女主角最后幸福了吗?电影里的bacheh,也就是男主角,最后是kamyab,成功了,还是nah-kam,失败了?他的梦想实现了,还是注定破灭?
Aucun ne se préoccupait d’autre chose. Viendrait-on à me demander aujourd’hui si notre histoire à Hassan, Sohrab et moi se termine bien, je ne saurais quoi répondre.
除此之外,没有人关心其他任何事情。如今若有人问我,我、哈桑和索拉博的故事是否拥有一个美好的结局,我不知道该怎样回答。
Qui pourrait en décider ? Après tout, nous n’évoluons pas dans un film. Zendagi migzara, aiment à répéter les Afghans. « La vie continue. » Début, fin, kamyab, nah-kam, crise ou catharsis – peu lui importe, elle suit son chemin, telle une lente caravane poussiéreuse de Kuchis.
谁能判定呢?我们毕竟不是活在电影里。阿富汗人常说:Zendagi migzara。“生活会继续。”开始、结束、kamyab、nah-kam、危机或净化——生活都毫不在意,只会沿着自己的道路前行,像一支扬着尘土、缓慢移动的库奇游牧商队。
Non, je ne saurais quoi répondre. Malgré le petit miracle qui s’est produit dimanche dernier.
不,我不知道该怎样回答。哪怕上个星期日发生了一个小小的奇迹。