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追风筝的人Les Cerfs-Volants de Kaboul
Chapitre 25
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第二十五章
Ils refusent de me laisser entrer. Je les regarde pousser son brancard et décide quand même de franchir la double porte. L’odeur de l’iode et de l’eau oxygénée m’assaille lorsque je m’engouffre à l’intérieur, mais j’ai juste le temps de distinguer deux hommes coiffés de calottes chirurgicales et une femme en vert penchée sur le drap blanc qui le recouvre et dont les pans traînent sur le carrelage sale. Deux petits pieds rouges de sang dépassent à un bout. Je remarque que l’ongle du gros orteil gauche est cassé. Arrive alors un individu grand et trapu, habillé de bleu, qui m’entraîne dehors. Le contact de son alliance sur ma peau me semble froid. J’ai beau tenter de résister et l’injurier, il me répète que je ne peux pas rester là. Il s’exprime en anglais, avec politesse mais fermeté. « Patience », me dit-il en me guidant vers ce qui tient lieu de salle d’attente à l’hôpital. Les portes battantes se referment derrière lui avec un bruit de soufflet et je n’aperçois plus que le haut des bonnets chirurgicaux à travers les petites vitres rectangulaires.
他们不肯让我进去。我看着他们推着他的担架,还是决定闯过那扇双开门。我刚冲进去,碘酒和双氧水的气味便扑面而来,只来得及看见两个戴手术帽的男人和一个身穿绿色手术服的女人俯在盖住他的白床单上,床单边缘拖在肮脏的瓷砖地面上。一头露出两只沾满鲜血的小脚。我注意到他左脚大拇指的指甲裂了。随后,一个高大敦实、穿蓝色制服的男人走来,把我拉了出去。他婚戒贴在我皮肤上的触感冰冷。我拼命挣扎、对他破口大骂,他却一遍遍告诉我不能留在那里。他用英语说话,礼貌却不容置疑。“耐心一点。”他说着,把我领到医院勉强算作候诊区的地方。身后的弹簧门像风箱一样砰然合上,透过那几块小小的长方形玻璃,我只能看见几顶手术帽的上沿。
Il me fait entrer dans un large couloir dépourvu de fenêtres où se trouve amassée une foule de gens – assis pour les uns sur des chaises pliantes métalliques disposées le long du mur, et pour les autres sur la fine moquette usée. Le désir de hurler resurgit en moi et je me rappelle la dernière fois que j’ai connu pareil sentiment : c’était avec Baba, dans le tank d’un camion-citerne où nous étions tous deux cachés en compagnie d’autres réfugiés. Je veux m’arracher à cet endroit, à cette réalité. M’élever haut dans le ciel, comme un nuage, et flotter à la dérive en me fondant dans cette nuit d’été humide jusqu’à me dissoudre quelque part, loin, par-delà les montagnes. Mais je suis coincé là, les jambes aussi lourdes que des blocs de béton, les poumons vidés de leur oxygène et la gorge en feu. Impossible de fuir, il n’y aura pas d’autre réalité ce soir. Je ferme les yeux et mes narines se remplissent de l’odeur ambiante, mélange de sueur et d’ammoniac, d’alcool à quatre- vingt-dix degrés et de curry. Au plafond, des papillons se précipitent contre les néons grisâtres qui courent sur toute la longueur du couloir. J’entends le battement de leurs ailes. Autour de moi, on bavarde, on pleure doucement, on renifle. Une personne geint, une autre soupire, et les portes de l’ascenseur coulissent avec un bing pendant que les haut-parleurs appellent quelqu’un en ourdou.
他把我带进一条宽阔、没有窗户的走廊,里面挤满了人——有的坐在沿墙摆放的金属折叠椅上,有的坐在磨得很薄的旧地毯上。我又有了想放声尖叫的冲动,并想起上一次有这种感觉的情景:我和爸爸同其他难民一起藏在油罐车的罐体里。我想逃离这里,逃离这场现实。像一朵云升上高空,在湿热的夏夜里随风漂流,渐渐融化,最后消散在群山之外的某个遥远地方。可我被困在这里,双腿沉得像水泥块,肺里仿佛没有一点氧气,喉咙灼痛。无处可逃,今夜不会有另一种现实。我闭上眼睛,鼻腔里全是四周混杂的气味:汗味、氨水味、医用酒精味和咖喱味。天花板上,飞蛾不断扑向贯穿整条走廊的灰白日光灯。我听得见它们翅膀拍动的声音。周围有人交谈,有人低声哭泣,有人抽鼻子。一个人在呻吟,另一个人在叹息;电梯门“叮”的一声滑开,扩音器里有人用乌尔都语呼叫某个人。
Je redresse la tête et, soudain, ce que je dois faire m’apparaît clairement. J’inspecte les environs, le cœur cognant sourdement dans ma poitrine, les oreilles bourdonnantes. Il y a une petite réserve plongée dans le noir sur ma gauche. J’y déniche ce que je cherche. Cela fera l’affaire. Je m’empare d’un drap blanc sur une pile de linge et le rapporte dans le couloir. J’avise alors une infirmière en pleine discussion avec un policier près de la salle de repos. Je la tire par le coude, il me faut savoir de quel côté est l’ouest. Elle ne me comprend pas. Ses rides se creusent à mesure qu’elle plisse le front. J’ai si mal à la gorge que chaque inspiration s’apparente à inhaler des braises. La transpiration me brûle les yeux – je crois bien que je pleure. Je lui repose ma question. La supplie. Pour finir, c’est le policier qui m’indique la direction.
我抬起头,突然清楚自己该做什么。我环顾四周,心脏在胸腔里沉闷地撞击,耳朵嗡嗡作响。左边有一间昏暗的小储物室。我在那里找到了需要的东西。这个能用。我从一摞床单上抽出一条白床单,拿回走廊。随后,我看见休息室附近有一名护士正和警察交谈。我拽住她的胳膊肘,我必须知道西边在哪个方向。她听不懂。她皱起眉头,脸上的皱纹越发深了。我的喉咙疼得厉害,每次吸气都像把炭火吸进肺里。汗水刺痛我的眼睛——我想我其实是在哭。我又问了一遍。我哀求她。最后,是那名警察给我指明了方向。
Je jette mon jai-namaz improvisé à terre et m’agenouille dessus pour me prosterner. Mes larmes coulent. Je m’incline vers l’ouest, avant de me souvenir que ma dernière prière remonte à plus de quinze ans. J’ai oublié les mots depuis longtemps. Aucune importance, je prononcerai les rares que j’ai gardés en mémoire : La illaha il Allah, Muhammad u rasul ullah. « Il n’y a de Dieu qu’Allah et Mahomet est son prophète. » Il m’apparaît clairement maintenant que Baba avait tort : Dieu existe, Il a toujours existé. Je Le vois dans le regard des gens qui hantent ce couloir du désespoir.
我把临时充当祈祷毯的床单铺在地上,跪下来俯身叩拜。泪水不断流淌。我朝西方俯下身,这才想起自己上一次祷告已经是十五年多以前。那些祷词我早已忘得差不多了。没关系,我就念还记得的寥寥几句:La illaha il Allah, Muhammad u rasul ullah。“万物非主,唯有真主;穆罕默德是真主的使者。”此刻我终于明白,爸爸错了:上帝存在,祂一直都存在。我在这条绝望走廊里每一个徘徊者的眼中看见了祂。
Ici est la vraie maison de Dieu, ceux qui L’ont perdu Le retrouveront ici, et non dans le masjid blanc aux lumières étincelantes et aux gigantesques minarets. Il y a un Dieu, forcément, et je prie désormais, je prie pour qu’Il me pardonne de L’avoir ignoré toutes ces années. Je sollicite Sa clémence face à mes trahisons, mes mensonges, mes péchés impunis – et le fait que seule ma détresse m’a incité à me tourner vers Lui. Je L’implore de se montrer aussi miséricordieux et généreux que l’affirme Son livre sacré. J’embrasse le sol en jurant d’observer la zakat et le namaz, de jeûner durant le Ramadan et de continuer même après, de consigner dans ma mémoire chaque mot du Coran, d’effectuer un pèlerinage dans la ville brûlée par le soleil du désert et de me courber aussi devant la Kaaba. J’accomplirai tout cela et penserai à Lui tous les jours à compter de celui-ci s’Il consent à exaucer mon unique vœu : que je n’aie pas la mort de Sohrab sur la conscience, en plus de celle de son père.
这里才是上帝真正的居所。失去祂的人会在这里重新找到祂,而不是在那座灯火辉煌、尖塔高耸的白色清真寺里。上帝一定存在,而我此刻正在祷告,祈求祂原谅我多年来对祂的漠视。我祈求祂宽恕我的背叛、谎言和那些没有受到惩罚的罪,也宽恕我只有陷入绝境才想起转向祂。我恳求祂像圣书中所说的那样慈悲而慷慨。我亲吻地面,发誓今后会施天课、做礼拜,会在斋月禁食,并在斋月过后继续斋戒;会把《古兰经》的每一个字都牢记于心,会前往那座被沙漠烈日炙烤的圣城朝觐,也会在克尔白前俯身叩拜。只要祂肯满足我唯一的愿望,我就会做到这一切,从今天起每天都想着祂:不要让我除了背负索拉博父亲的死,还要把索拉博的死也背在良心上。
Quelqu’un gémit et je m’aperçois qu’il s’agit de moi. Les larmes roulant sur mes joues ont donné à mes lèvres un goût de sel. Je sens tous les regards converger dans ma direction, mais je m’en moque et me prosterne encore. Et je prie. Je prie pour que mon passé ne m’ait pas rattrapé, comme je l’ai toujours redouté.
有人发出呻吟,我才发现那个人是我自己。泪水顺着脸颊流下,让我的嘴唇尝到咸味。我感觉所有人的目光都集中在我身上,但我毫不在意,再次俯身叩拜。然后祈祷。我祈求过去没有像我始终害怕的那样追上我。
Une nuit noire, sans étoiles, est tombée sur Islamabad. Quelques heures se sont écoulées et je suis à présent assis par terre, dans une petite salle près du couloir qui mène au bloc. J’ai devant moi une table basse d’un marron terne, jonchée de journaux et de magazines aux pages cornées – un numéro d’avril 1996 de Time, un quotidien pakistanais titrant sur la mort d’un jeune garçon heurté par un train une semaine plus tôt, une revue avec en couverture des acteurs de Lollywood7 tout sourire. Sur un fauteuil roulant, en face de moi, une vieille femme vêtue d’un shalwar-kameez vert jade et d’un châle au crochet s’est assoupie. De temps à autre, elle s’éveille et grommelle une prière en arabe. Je m’interroge avec lassitude : seront-ce les siennes ou les miennes qui seront entendues ce soir ? Je me remémore le visage de Sohrab, son menton, ses petites oreilles en forme de coquillage, ses yeux bridés, semblables à des feuilles de bambou, qui me rappellent tant son père. Une souffrance terrible m’envahit et m’enserre comme un étau.
没有星光的黑夜已经笼罩伊斯兰堡。几个小时过去了,我此刻坐在地上,身处一间靠近通往手术室走廊的小房间。面前是一张暗褐色矮桌,上面散乱堆放着卷了边的报纸杂志——一本一九九六年四月号的《时代》周刊;一份巴基斯坦日报,头条报道一个男孩一周前被火车撞死;还有一本封面上印着几位笑容灿烂的“洛莱坞”演员的杂志。对面的一辆轮椅上,一位穿翠绿色沙尔瓦卡米兹、披钩织披肩的老妇人睡着了。她不时醒来,用阿拉伯语低声念几句祷词。我疲惫地想:今晚会被听见的,究竟是她的祷告,还是我的?我想起索拉博的脸、他的下巴、贝壳形的小耳朵,还有那双像竹叶一样狭长、如此像他父亲的眼睛。一阵剧烈的痛苦涌上来,像虎钳一样把我夹紧。
J’ai besoin d’air. Je me lève pour ouvrir les fenêtres. La moustiquaire laisse passer un souffle chaud qui charrie une odeur de dattes pourries et de fumier. Je me force à l’inspirer à grandes goulées, mais il ne me libère pas de ce poids qui m’écrase. Alors je me rassois par terre et feuillette le Time – peine perdue, rien ne parvient à retenir mon attention. Je le jette sur la table, recommence à fixer les fissures sur la dalle de béton, les toiles d’araignée au plafond, les mouches mortes sur le rebord de la fenêtre. Surtout, je scrute l’horloge accrochée au mur : quatre heures du matin. Il y a maintenant plus de cinq heures que l’on m’a chassé de la salle aux portes battantes. Toujours pas de nouvelles.
我需要空气。我起身打开窗户。热风穿过纱窗,带来腐烂椰枣和粪肥的气味。我强迫自己大口吸气,可压在身上的重量丝毫没有减轻。于是我重新坐到地上,翻阅那本《时代》周刊——徒劳无功,没有任何内容能抓住我的注意力。我把杂志扔回桌上,又盯着水泥地面的裂缝、天花板上的蜘蛛网和窗台上的死苍蝇。最重要的是,我死死盯着墙上的时钟:凌晨四点。自从他们把我赶出那扇弹簧门,已经过去五个多小时。仍然没有任何消息。
Mon corps me semble peu à peu se couler dans le sol. Ma respiration se fait plus lourde, plus lente. J’ai envie de dormir, de poser ma tête sur cette surface froide et poussiéreuse. Dormir. Peut- être constaterai-je à mon réveil que la scène d’horreur découverte dans la salle de bains de l’hôtel n’était qu’un rêve : le robinet qui gouttait dans l’eau rouge ; le bras gauche de Sohrab pendant par- dessus le bord de la baignoire ; le rasoir ensanglanté sur la cuvette des toilettes – celui-là même avec lequel je m’étais rasé la veille. Et puis ses yeux, à demi ouverts mais éteints. Plus que tout le reste, je souhaite les oublier.
我感觉身体正一点点沉进地面。呼吸变得越来越沉,越来越慢。我想睡觉,想把头枕在冰冷、布满灰尘的地面上。睡吧。也许醒来以后,我会发现酒店浴室里的恐怖景象只是一场梦:水龙头的水滴落进染红的浴缸;索拉博的左臂垂在浴缸边缘;沾血的剃刀搁在马桶盖上——正是我前一天刮胡子用的那把。还有他的眼睛,半睁着,却毫无生气。比起其他一切,我最想忘掉的就是那双眼睛。
Le sommeil me gagne et je ne résiste pas. Mes rêves ne me laissent aucun souvenir.
睡意袭来,我没有抵抗。梦醒之后,我什么也不记得。
Quelqu’un me tapote l’épaule. Je découvre un homme à genoux près de moi, habillé comme les types derrière la double porte. L’angoisse m’étreint à la vue d’une tache sombre sur le fin tissu de son masque chirurgical. L’inconnu le dégrafe, heureusement, m’évitant ainsi d’avoir à contempler plus longtemps le sang de Sohrab. Il a le front dégarni, les cils recourbés et la peau aussi foncée que le chocolat suisse importé qu’Hassan et moi achetions au bazar, à Shar-e-Nau. La photo d’une fillette est collée sur son bipeur. Avec un accent britannique, il se présente comme le Dr Nawaz, mais je n’aspire soudain plus qu’à m’éloigner de lui : je ne crois pas pouvoir supporter ce qu’il est venu m’annoncer.
有人轻拍我的肩膀。我睁眼看见一个男人跪在身旁,穿着和双开门后那些人一样的衣服。看到他薄薄的手术口罩上有一块深色污迹,我顿时被恐惧攫住。幸好陌生人摘下了口罩,让我不用继续盯着索拉博的血。他额头微秃,睫毛卷曲,肤色深得像我和哈桑以前在沙里瑙集市买的进口瑞士巧克力。他的寻呼机上贴着一个小女孩的照片。他带着英国口音,自我介绍说是纳瓦兹医生,可我突然只想离他远一点:我觉得自己承受不了他此行要告诉我的话。
La illaha il Allah, Muhammad u rasul ullah. Ils ont dû lui transfuser plusieurs poches de sang… Comment le dire à Soraya ? Deux réanimations ont été nécessaires… J’observerai le namaz, je m’acquitterai de la zakat. Ils n’auraient pas réussi à le sauver s’il n’avait été jeune et en bonne santé… Je jeûnerai. Il est vivant. Le Dr Nawaz sourit. Il me faut un moment pour assimiler le sens de ses paroles. Il ajoute autre chose, mais je ne l’entends plus car j’ai saisi les petites mains charnues de cet étranger pour y enfouir mon visage et pleurer de soulagement. Il se tait à présent. Il attend.
La illaha il Allah, Muhammad u rasul ullah。他们不得不给他输好几袋血……我该怎么告诉索拉雅?一共抢救了两次……我会做礼拜,会施天课。要不是他年轻、身体底子好,他们不可能救得回来……我会斋戒。他还活着。纳瓦兹医生笑了。我花了好一会儿才明白这句话的意思。他还在说别的,可我已经听不见了,因为我抓住这个陌生人肉乎乎的小手,把脸埋在里面,因如释重负而哭了起来。他现在不说话了,只是等待。
L’unité de soins intensifs se compose d’une salle lugubre en forme de L où se mêlent les bips des moniteurs et le ronronnement de diverses machines. Le Dr Nawaz me guide entre deux rangées de lits séparés par des rideaux de plastique blanc. Celui de Sohrab est le dernier à l’angle et le plus proche du bureau des infirmières, où deux d’entre elles, en tenue de bloc opératoire, griffonnent sur des tablettes en discutant à voix basse. Dans l’ascenseur qui nous montait à cet étage, j’avais supposé que mes larmes jailliraient de plus belle lorsque j’apercevrais Sohrab. C’est pourtant les yeux secs que, assis sur une chaise près de son lit, j’examine ses traits livides à travers l’enchevêtrement des sondes et des perfusions. À voir sa poitrine se soulever et s’affaisser au rythme du sifflement de l’appareil d’assistance respiratoire, une curieuse torpeur m’envahit – la même qu’éprouverait un homme quelques secondes après avoir fait un brusque écart avec sa voiture pour éviter une collision frontale.
重症监护室是一间昏暗的L形大房间,监护仪的哔哔声和各种机器的嗡鸣声交织在一起。纳瓦兹医生领着我穿过两排用白色塑料帘隔开的病床。索拉博的床在拐角尽头,离护士站最近,两名穿手术服的护士正在那里一边低声交谈,一边在夹板上记录。乘电梯上来时,我以为一看见索拉博,眼泪就会再次喷涌而出。然而我坐在床边的椅子上,透过纠缠的导管和输液管端详他苍白的面孔时,眼睛却是干的。看着他的胸膛随着呼吸机的嘶嘶声一起一伏,一种奇怪的麻木感笼罩了我——就像一个人驾车猛打方向盘,刚刚避过迎面相撞后的那几秒钟。
Je m’assoupis. À mon réveil, mon regard se pose sur la fenêtre à côté du bureau des infirmières. Le soleil qui point dans le ciel jaune pâle projette ses rayons obliquement dans la pièce, orientant mon ombre vers Sohrab. Il n’a pas bougé.
我打了个盹。醒来时,我的目光落在护士站旁的窗户上。太阳刚从淡黄色的天空升起,斜斜的光线照进病房,把我的影子投向索拉博。他一动不动。
— Vous devriez aller vous reposer, me conseille une femme que je ne reconnais pas – il y a probablement eu un changement de service pendant que je somnolais.
“你应该去休息一下。”一个我不认识的女人劝我——大概在我打瞌睡时已经换班了。
Elle m’accompagne dans une autre chambre, vide celle-là, juste à l’extérieur de l’unité de soins intensifs, puis me tend un oreiller et une couverture. Après l’avoir remerciée, je m’allonge sur le canapé en vinyle et m’endors aussitôt.
她把我带到重症监护室外另一间空病房,递给我一个枕头和一条毯子。我向她道谢后躺在乙烯基沙发上,立刻睡着了。
Je rêve que je suis de retour dans la salle d’attente à l’étage inférieur. Le Dr Nawaz entre, je me mets debout pour l’accueillir. Il ôte son masque avec des mains plus blanches que dans mon souvenir, des ongles plus soignés. Ses cheveux sont séparés par une raie nette au milieu. Ce n’est pas le Dr Nawaz, mais Raymond Andrews, l’homme de l’ambassade qui cultive des tomates. Il penche la tête. Plisse les yeux.
我梦见自己又回到楼下的候诊室。纳瓦兹医生走进来,我站起身迎接他。他用比我记忆中更白的手摘下口罩,指甲也修剪得更加整齐。头发从正中分开,发线笔直。那不是纳瓦兹医生,而是雷蒙德·安德鲁斯,那个在大使馆种番茄的男人。他歪着头,眯起眼睛。
De jour, l’hôpital offrait le spectacle d’un dédale de couloirs bondés rendus flous par la lumière blanche aveuglante des néons. Peu à peu, j’en apprivoisai l’agencement, je découvris que, dans l’ascenseur de l’aile est, le bouton du quatrième ne s’allumait pas, que la porte des toilettes pour hommes se bloquait à ce même étage et qu’il fallait donner un coup d’épaule pour l’ouvrir. Je me familiarisai avec la vie hospitalière – l’activité débordante qui précédait l’arrivée des nouvelles équipes le matin, l’agitation de midi, le calme et le silence des fins de soirée, interrompus à l’occasion par le passage des médecins et des infirmières qui se précipitaient pour réanimer quelqu’un. Je montais la garde auprès de Sohrab durant la journée et errais dans l’établissement la nuit, écoutant le claquement de mes talons sur le carrelage, réfléchissant à ce que je lui dirais à son réveil. Ma ronde me ramenait toujours aux soins intensifs, près de son lit, sans que je sois plus avancé.
白天的医院像一座拥挤的迷宫,刺眼的白色日光灯把走廊照得一片模糊。渐渐地,我熟悉了它的布局,知道东翼电梯四楼的按钮不会亮,知道同一层男厕所的门总会卡住,必须用肩膀撞一下才能推开。我也逐渐熟悉医院生活的节奏——早晨新一班工作人员到来前的忙碌,正午的喧嚣,傍晚后期的安静与沉寂,偶尔又被匆匆赶去抢救病人的医生护士打破。白天我守在索拉博身边,夜里则在医院里游荡,听鞋跟敲击瓷砖的声音,思考等他醒来后该对他说什么。我的巡视总会把我带回重症监护室、带回他的床边,而答案依然毫无头绪。
Au bout de trois jours, on lui retira la sonde d’intubation. J’étais absent lorsqu’on le transféra dans une chambre au rez-de-chaussée, ayant regagné mon hôtel le soir précédent pour dormir un peu. Après m’être tourné et retourné toute la nuit dans mon lit, je m’efforçai ce matin-là de ne pas regarder la baignoire, qui avait été nettoyée entre-temps – quelqu’un avait lavé les traces de sang, disposé de nouveaux tapis et lessivé les murs. Je ne pus toutefois m’empêcher de m’asseoir sur le rebord froid et de me représenter Sohrab en train de la remplir d’eau chaude. De se déshabiller. De manipuler le manche du rasoir et de débloquer les deux crans de sécurité pour dégager la lame, de tenir celle-ci entre son pouce et son index. Je l’imaginai se plonger dans son bain et rester là, les yeux fermés. Je me demandai quelle avait été sa dernière pensée avant de lever la lame et de l’approcher de ses poignets.
三天后,他们拔掉了他的气管插管。把他转到一楼病房时我并不在场,因为前一晚我回酒店想好好睡一觉。可我整夜在床上翻来覆去。那天早晨,我竭力不去看浴缸——它已经被清理过,有人洗掉血迹,铺上新的浴垫,也把墙壁擦洗干净。然而我还是忍不住坐在冰冷的浴缸边缘,想象索拉博给浴缸放热水,脱下衣服,摆弄剃刀柄,拨开两道安全卡扣取出刀片,再用拇指和食指夹住它。我想象他浸入浴水,闭着眼睛躺在那里。我想知道,在举起刀片、把它贴近手腕之前,他最后想的是什么。
Je traversais le hall d’entrée quand M. Fayyaz m’interpella. — Je suis désolé de ce qui vous arrive, déplora-t-il, mais je vous prie de quitter mon hôtel. S’il vous plaît. Ce qui s’est produit nuit beaucoup à mes affaires.
我正穿过酒店大堂,法亚兹先生叫住了我。“你遭遇这样的事,我很遗憾,”他说,“但请你离开我的酒店。拜托。这件事严重影响了我的生意。”
Je l’assurai de ma compréhension et réglai ma note. Il ne me compta pas les trois jours que j’avais passés à l’hôpital. Tandis que j’attendais un taxi, je songeai à ce qu’il m’avait dit le soir où nous étions partis à la recherche de Sohrab. Le problème avec vous autres Afghans… c’est que vous êtes un tantinet irréfléchis. J’avais ri sur le coup, mais à présent je m’interrogeais. Comment avais-je pu m’endormir après avoir annoncé à Sohrab la nouvelle qu’il redoutait le plus ?
我告诉他我能理解,并结清账单。他没有收我在医院待的那三天房费。等出租车时,我想起那晚我们去找索拉博时他说过的话。你们阿富汗人的问题……就是做事有点不计后果。当时我笑了,可现在却开始反思。明明刚把索拉博最害怕的消息告诉他,我怎么还能睡着?
En montant dans le taxi, je questionnai le chauffeur pour savoir s’il connaissait une librairie persane. Il m’expliqua qu’il y en avait une à quelques kilomètres au sud. Nous nous y arrêtâmes en chemin.
上出租车时,我问司机是否知道波斯语书店。他说南边几公里外有一家。我们顺路在那里停了下来。
La nouvelle chambre de Sohrab avait des murs couleur crème, des moulures gris sombre effritées et un sol carrelé dont on supposait qu’il avait été blanc à une époque. Il la partageait avec un adolescent du Pendjab qui, je l’appris plus tard par l’une des infirmières, s’était cassé la jambe en glissant du toit d’un bus. On la lui avait plâtrée et surélevée par un système de courroies reliées à plusieurs poids.
索拉博的新病房墙壁是奶油色的,深灰色的线脚已经剥落,瓷砖地面大概曾经是白色。他和一个旁遮普少年同住一间病房。后来我从护士那里得知,那孩子从公交车顶上滑下来,摔断了腿。伤腿打着石膏,用一套连接着几块砝码的皮带系统吊了起来。
Le lit de Sohrab se trouvait près de la fenêtre, à travers laquelle le soleil de cette fin de matinée déversait ses rayons. À côté de lui, un agent de sécurité en uniforme mâchonnait des graines de pastèque grillées – en raison de sa tentative de suicide, m’avait informé le Dr Nawaz, Sohrab était surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le garde me salua et s’en alla.
索拉博的床靠近窗户,上午将近中午的阳光从那里倾泻进来。床边坐着一名穿制服的保安,正嚼着烤西瓜子——纳瓦兹医生告诉我,因为索拉博曾试图自杀,他必须二十四小时有人看守。保安向我点头致意,随后离开。
Allongé sur le dos dans un pyjama à manches courtes, la couverture remontée sur lui, Sohrab avait la tête face à la vitre. Je crus qu’il dormait, mais lorsque j’avançai une chaise, ses paupières tressaillirent et il ouvrit les yeux. Ces derniers se posèrent sur moi avant de se détourner. Il était si pâle, même avec tout le sang qu’on lui avait transfusé, et un gros bleu s’était formé au creux de son bras droit.
索拉博仰躺着,穿一套短袖睡衣,毯子盖到胸口,头朝着窗户。我以为他睡着了,可我把椅子拉过来时,他的眼皮颤动了一下,睁开了眼睛。他先看向我,随后移开视线。即便已经输了那么多血,他仍然苍白得吓人,右臂肘窝处还浮着一大片淤青。
— Comment vas-tu ? Sans répondre, il fixa par la fenêtre le bac à sable et la balançoire du jardin de l’hôpital. Une tonnelle sur laquelle grimpaient quelques plantes vertes jouxtait le terrain de jeux, à l’ombre d’une rangée d’hibiscus. Des enfants s’amusaient avec des seaux et des pelles. Dans le ciel sans nuages, j’aperçus les deux traînées blanches laissées par un minuscule avion.
“你感觉怎么样?”他没有回答,只是望向窗外医院花园里的沙坑和秋千。游乐场旁有一座爬着几株绿植的凉棚,处在一排木槿花的阴影下。孩子们拿着桶和铲子玩耍。万里无云的天空里,我看见一架小得像点一样的飞机留下两道白色尾迹。
— Je viens de parler au Dr Nawaz, repris-je. Il pense t’autoriser à sortir dans deux ou trois jours. Bonne nouvelle, n’est-ce pas ?
“我刚跟纳瓦兹医生谈过,”我继续说,“他觉得两三天后就可以让你出院。是好消息,对吧?”
Silence. Le garçon du Pendjab remua dans son sommeil, à l’autre bout de la pièce, et marmonna quelque chose.
一片沉默。病房另一头,那个旁遮普男孩在睡梦中动了动,含糊地嘟囔了一句。
— J’aime bien ta chambre, enchaînai-je en essayant de ne pas me laisser hypnotiser par les poignets bandés de Sohrab. Elle est lumineuse, et tu as une belle vue.
“我挺喜欢你的病房,”我继续说,竭力不让自己被索拉博缠着绷带的手腕吸住目光,“很亮堂,窗外景色也不错。”
Toujours pas de réaction. Mon embarras se prolongea tant et si bien qu’un voile de transpiration recouvrit mon front et le dessus de mes lèvres. Je pointai du doigt le bol toujours rempli d’aush aux petits pois et la cuillère en plastique sur sa table de nuit.
仍然没有反应。尴尬持续了太久,我的额头和上唇都蒙上一层汗。我指了指床头柜上那碗仍旧满满的豌豆汤和塑料勺。
— Tu devrais essayer de manger un peu. Pour retrouver ton quwat, tes forces. Tu veux que je t’aide ?
“你应该试着吃一点,恢复你的quwat,也就是力气。要我喂你吗?”