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追风筝的人Les Cerfs-Volants de Kaboul
Chapitre 24
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第二十四章
Si Peshawar me rappelait le Kaboul d’autrefois, Islamabad suggérait ce que ma ville aurait pu devenir. Les rues y étaient plus larges, plus propres, bordées d’hibiscus et d’érables rouges. Bien moins encombrés de pousse-pousse et de piétons, les bazars témoignaient d’une meilleure organisation. L’architecture se révélait plus élégante aussi, plus moderne, et je remarquai des parcs où fleurissaient des roses et du jasmin à l’ombre des arbres.
如果说白沙瓦让我想起昔日的喀布尔,那么伊斯兰堡则让我看到我的故乡原本可能成为的模样。这里的街道更宽、更整洁,两旁种着木槿和红枫。集市里少了许多人力车和行人,显得更有秩序。建筑也更雅致、更现代,我还看见一些公园,树荫下盛开着玫瑰和茉莉。
Farid dénicha un petit hôtel dans une ruelle au pied des monts Margalla. En chemin, nous aperçûmes la célèbre mosquée Shah-Faisal, réputée pour être la plus grande du monde. Sohrab ouvrit des yeux ébahis devant ses gigantesques minarets de béton dressés vers le ciel. Il se pencha par la vitre pour la contempler jusqu’à ce que Farid eût bifurqué à un coin de rue.
法里德在马尔加拉山脚下一条小巷里找到一家小旅馆。途中,我们看见了著名的费萨尔国王清真寺,据说是世界上最大的清真寺。索拉博望着那些直刺天空的巨大混凝土宣礼塔,惊讶得睁大了眼睛。他从车窗探出身子一直望着,直到法里德在街角转弯。
Ma chambre représentait un net progrès par rapport à celle où Farid et moi avions logé à Kaboul. Les draps et la salle de bains étaient impeccables, et l’aspirateur avait été passé sur la moquette. Shampooing, savon, rasoirs et serviettes parfumées au citron côtoyaient la baignoire. Nulle tache de sang sur les murs. Autre détail qui attira mon attention : un téléviseur disposé sur une commode en face des deux lits jumeaux.
我的房间比我和法里德在喀布尔住过的那间好得多。床单和浴室一尘不染,地毯也吸过尘。浴缸旁摆着洗发水、香皂、剃须刀和带柠檬香味的毛巾。墙上没有血迹。另一个引起我注意的细节是:两张单人床对面的五斗柜上放着一台电视机。
— Regarde ! lançai-je à Sohrab. Je pressai un bouton sur le poste et, faute de télécommande, réglai celui-ci manuellement. Je tombai sur un programme pour enfants où deux marionnettes en forme de mouton chantaient en ourdou. Sohrab s’assit sur l’un des lits et ramena ses genoux contre sa poitrine. Les images se reflétèrent dans ses yeux verts tandis qu’il fixait l’écran, impassible, en se balançant d’avant en arrière. Je songeai à ma promesse d’acheter une télévision couleur à Hassan lorsque nous serions tous deux devenus adultes.
“快看!”我对索拉博喊道。我按下电视上的按钮,因为没有遥控器,只好用手调台。屏幕上正播着一个儿童节目,两只绵羊模样的木偶用乌尔都语唱歌。索拉博坐到一张床上,双膝抱在胸前。画面映在他绿色的眼睛里,他面无表情地盯着屏幕,身体前后摇晃。我想起自己曾答应哈桑,等我们长大后要给他买一台彩色电视机。
— J’y vais, Amir agha, m’avertit Farid. — Pourquoi ne pas rester ici cette nuit ? Vous avez une longue route devant vous. Vous partirez demain.
“我得走了,阿米尔少爷。”法里德告诉我。“为什么不在这里住一晚?你还有很长的路要赶。明天再走吧。”
— Tashakor, mais je préfère lever le camp ce soir. Mes enfants me manquent. (Au moment de sortir, il marqua une pause.) Au revoir, Sohrab jan !
“谢谢,不过我还是想今晚动身。我想孩子们了。”他走到门口时停了一下,“再见,索拉博小兄弟!”
Il guetta une réponse, en vain. Sohrab ne lui prêtait aucune attention et continuait à osciller le buste, les traits éclairés par la lueur argentée qui émanait du poste.
他等着索拉博回应,却没有等到。索拉博根本没有理会他,仍旧前后摇晃着上身,电视机发出的银白色光芒照亮了他的脸。
Dehors, je tendis une enveloppe à Farid. — Je ne savais pas comment vous remercier, lui expliquai-je. Vous m’avez tellement aidé. — Combien y a-t-il ? s’enquit-il, bouche bée devant son contenu. — Un peu plus de trois mille dollars. — Trois mille… Ses lèvres tremblotèrent. Plus tard, après avoir démarré, il klaxonna deux fois et agita le bras. Je le saluai. Et ne le revis plus jamais.
到了外面,我递给法里德一个信封。“我不知道该怎样感谢你,”我说,“你帮了我太多。”“里面有多少?”他看到信封里的东西,惊得张大了嘴。“三千多美元。”“三千……”他的嘴唇颤抖起来。后来,他发动汽车,按了两声喇叭,又挥了挥手。我也向他挥手告别。此后再也没有见过他。
Dans la chambre, je retrouvai Sohrab roulé en boule. Bien qu’il eût les yeux fermés, je n’aurais su dire s’il dormait. Il avait éteint la télé. Je m’installai sur l’autre lit et, grimaçant de douleur, essuyai la sueur sur mon front. Je me demandais combien de temps encore le simple fait de me lever, de m’asseoir ou de changer de position la nuit serait un supplice pour moi. Je me demandais quand je pourrais manger des aliments solides. Et surtout, je me demandais ce que j’allais décider pour l’enfant meurtri couché à mes côtés. Même si une partie de moi le soupçonnait déjà.
回到房间,我发现索拉博蜷缩成一团。他闭着眼睛,但我不知道他是否睡着了。电视已经关掉。我在另一张床上坐下,疼得龇牙咧嘴,擦去额头上的汗。我不知道还要多久,起身、坐下,甚至夜里翻个身才不再像受刑一般。我还在想——我什么时候才能吃固体食物。最重要的是,我该怎样安置躺在身边这个伤痕累累的孩子。尽管我心里某个部分已经隐约知道答案。
Il y avait une carafe d’eau sur la commode. J’en remplis un verre et avalai deux des calmants prescrits par Armand. L’eau était tiède et amère. Je tirai les rideaux, puis retournai m’allonger, avec la sensation que ma cage thoracique allait exploser. Lorsque la douleur s’amenuisa suffisamment pour me permettre de respirer, je remontai la couverture et attendis que les cachets fassent effet.
五斗柜上有一壶水。我倒了一杯,吞下阿尔芒给我开的两片止痛药。水温吞而发苦。我拉上窗帘,又躺回床上,感觉胸腔仿佛随时会炸开。等疼痛稍稍减轻、终于能喘气后,我把毯子拉高,等待药效发作。
À mon réveil, la pièce baignait dans la pénombre et la portion de ciel visible entre les rideaux avait la couleur du crépuscule. Mes draps étaient moites, mon cœur battait trop vite – j’avais encore rêvé, sans pour autant en conserver un souvenir précis.
醒来时,房间笼罩在昏暗中,窗帘缝隙里露出的天空呈暮色。我浑身汗湿,心跳得过快——我又做梦了,却记不起梦的具体内容。
L’angoisse me noua soudain l’estomac à la vue du lit vide de Sohrab. Je l’appelai et sursautai au son de ma voix. Il y avait quelque chose de très déroutant à être assis dans une chambre d’hôtel obscure, à des milliers de kilomètres de chez soi, le corps en mille morceaux et avec à l’esprit le nom d’un garçon rencontré seulement quelques jours plus tôt. Ma deuxième tentative n’eut pas plus de succès. Je me mis debout avec difficulté, inspectai la salle de bains, l’étroit couloir qui desservait notre chambre : il avait disparu.
看见索拉博的床空着,我的胃一下子被焦虑揪紧。我喊他的名字,竟被自己的声音吓了一跳。一个人坐在昏暗的旅馆房间里,离家数千公里,身体支离破碎,脑中却全是一个几天前才认识的男孩的名字,这感觉异常恍惚。我又叫了一遍,仍无人回应。我艰难地站起来,查看浴室和通往房间的狭窄走廊:他不见了。
Je verrouillai la porte et boitillai jusqu’au bureau du directeur, situé au rez-de-chaussée, en m’accrochant à la rampe. Un faux palmier poussiéreux décorait le hall d’entrée, dont le papier peint avait pour motif des flamants roses en plein vol. Le gérant lisait un journal derrière son comptoir en formica. Je lui décrivis Sohrab en cherchant à savoir s’il l’avait aperçu. L’homme reposa son quotidien, ôta ses lunettes de lecture. Cheveux gras, petite moustache carrée poivre et sel, il dégageait une vague odeur de fruit tropical que je ne reconnus pas.
我锁上房门,扶着栏杆一瘸一拐地下楼,来到经理办公室。大厅里摆着一株落满灰尘的假棕榈,墙纸图案是一群展翅飞翔的火烈鸟。经理坐在贴面柜台后读报纸。我描述了索拉博的样子,问他有没有见过。男人放下报纸,摘掉老花镜。他头发油腻,留着一小块方方正正、花白相间的胡子,身上隐约有一种我认不出的热带水果气味。
— Ah, les garçons, ils aiment bien se sauver, soupira-t-il. J’en ai trois. Ils passent leur journée à courir à droite à gauche et à embêter leur mère.
“唉,男孩子就是爱乱跑。”他叹道,“我有三个。他们整天到处跑,把他们妈妈烦得要命。”
Tout en s’éventant, il regardait ma mâchoire avec insistance. — Je doute qu’il soit parti traîner, rétorquai-je. Nous ne sommes pas d’ici. J’ai peur qu’il s’égare.
他一边用手扇风,一边盯着我的下巴看。“我不认为他只是出去闲逛,”我反驳道,“我们不是本地人。我怕他迷路。”
— Vous auriez dû le surveiller alors, monsieur. — Je sais. Mais je me suis endormi et à mon réveil, il n’était plus là. — Les garçons, il faut les avoir à l’œil. — Bien sûr, approuvai-je alors même que mon pouls s’accélérait – comment pouvait-il demeurer si sourd à mes craintes ?
“那你就该看好他,先生。”“我知道。可我睡着了,醒来时他已经不见了。”“男孩子必须盯紧。”“当然。”我应道,心跳却越来越快——他怎么能对我的担忧如此迟钝?
— Aujourd’hui, ils réclament des vélos, ajouta-t-il. — Qui ? — Mes garçons. « Papa, papa, s’il te plaît, achète-nous des vélos et on sera sages », qu’ils me disent. (Il eut un bref rire.) Des vélos. Leur mère me tuera, croyez-moi.
“今天他们还吵着要自行车呢。”他又说。“谁?”“我的孩子们。他们跟我说:‘爸爸,爸爸,求你给我们买自行车吧,我们一定乖。’”他短促地笑了一声,“自行车。他们妈妈会杀了我的,相信我。”
Je m’imaginai Sohrab étendu dans un fossé. Ou à l’arrière d’une voiture, bâillonné et ligoté. Je ne voulais pas avoir sa mort sur la conscience. J’en avais déjà trop.
我想象索拉博躺在沟渠里。或者被堵住嘴、捆住手脚,扔在一辆汽车后座。我不想再背负他的死。我肩上已经压着太多条人命。
— S’il vous plaît…, commençai-je, avant de déchiffrer son nom sur l’étiquette épinglée au revers de sa chemise bleue en coton. Monsieur Fayyaz, l’avez-vous vu ?
“求你……”我开口说道,这时才看清别在他蓝色棉衬衫翻领上的姓名牌,“法亚兹先生,你见过他吗?”
— Ce gamin ? Ma patience m’abandonna.
“那个孩子?”我的耐心彻底耗尽了。
— Oui, ce gamin ! Celui qui m’accompagnait. L’avez-vous vu, oui ou non, bon sang ? Il cessa de s’éventer. Plissa les yeux. — Un peu de calme, mon vieux. Ce n’est pas moi qui l’ai perdu. Le fait qu’il eut marqué un point n’empêcha pas le sang d’affluer à mes joues. — Vous avez raison. Mais répondez-moi. — Désolé, répliqua-t-il sèchement, cependant qu’il rechaussait ses lunettes et rouvrait son journal. Cet enfant ne me dit rien.
“对,就是那个孩子!跟我一起来的那个。你到底见没见过,见鬼?”他停止扇风,眯起眼睛。“冷静一点,老兄。又不是我把他弄丢的。”他说得有道理,却没能阻止血一下涌上我的脸。“你说得对。但请回答我。”“抱歉,”他冷冷地说,一边重新戴上眼镜、翻开报纸,“我对那个孩子没有印象。”
Je restai immobile, luttant pour ne pas hurler. — Vous avez une idée de l’endroit où il a pu aller ? me lança-t-il alors que je sortais. — Aucune. Je me sentais fatigué. Fatigué et effrayé. — Il a des centres d’intérêt ? (Je remarquai qu’il avait rangé son journal.) Mes garçons, par exemple, ils feraient n’importe quoi pour voir un film d’action américain, surtout si Arnold Schwartsmachin joue dedans…
我站在原地,竭力忍住不喊出来。“你知道他可能去哪儿了吗?”我走向门口时,他问。“不知道。”我觉得精疲力竭。又疲惫,又害怕。“他有什么特别感兴趣的东西吗?”我注意到他已经把报纸收了起来,“比如我的孩子们,为了看一部美国动作片什么都肯做,尤其是那个阿诺德·施瓦什么的演的……”
— La mosquée ! m’exclamai-je. La grande mosquée ! Je venais de me rappeler la manière dont elle avait tiré Sohrab de sa torpeur lorsque nous étions passés devant. Il avait même tendu le cou par la vitre pour mieux l’observer.
“清真寺!”我叫道,“那座大清真寺!”我忽然想起我们经过那里时,索拉博是怎样从麻木中清醒过来的。他甚至伸长脖子探出车窗,想看得更清楚。
— Shah-Faisal ? — Oui. Vous voulez bien m’y conduire ? — Saviez-vous que c’est la plus grande du monde ? — Non, mais… — La cour à elle seule peut accueillir quarante mille personnes. — Vous voulez bien m’y conduire ? répétai-je. — Elle n’est qu’à un kilomètre, objecta-t-il. Cependant, il s’écartait déjà du comptoir. — Je vous paierai. Il soupira et secoua la tête. — Attendez-moi là. Il s’engouffra dans une pièce et réapparut avec une autre paire de lunettes, un trousseau de clés et, sur les talons, une petite femme potelée vêtue d’un sari orange. Elle le remplaça à l’accueil.
“费萨尔国王清真寺?”“对。你能带我去吗?”“你知道那是世界上最大的清真寺吗?”“不知道,可是……”“光院子就能容纳四万人。”“你能带我去吗?”我又问了一遍。“那里只有一公里远。”他反驳道,却已经从柜台后走了出来。“我付你钱。”他叹了口气,摇摇头。“在这里等着。”他钻进一间房,很快又出来,换了一副眼镜,手里拿着一串钥匙,身后跟着一个穿橙色纱丽、身材矮胖的女人。她接替他守在前台。
— Gardez votre argent, me jeta-t-il. Je vous emmène là-bas parce que je suis un père moi aussi.
“把你的钱收起来。”他对我说,“我带你去,因为我也是个父亲。”
Je crus que nous allions sillonner la ville jusqu’à la tombée de la nuit. Je me voyais déjà appeler la police et leur donner le signalement de Sohrab sous le regard réprobateur de Fayyaz. J’anticipais les questions d’usage qu’un officier me poserait d’une voix lasse et désintéressée. Et derrière elles, celle sous-jacente : un gosse afghan de plus ou de moins, quelle importance ? Un Hazara par-dessus le marché !
我以为我们会一直在城里兜到天黑。我仿佛已经看到自己在法亚兹责备的目光下报警,向警察描述索拉博的样子。我预想那个警官会用疲倦而漠然的语气问一连串例行问题,而那些问题背后隐藏着同一个意思:阿富汗多一个孩子、少一个孩子,有什么区别?何况还是个哈扎拉人!
Nous le découvrîmes à une centaine de mètres de la mosquée, assis sur un carré de pelouse dans le parking à demi rempli. Fayyaz s’arrêta à sa hauteur.
我们在离清真寺约一百米的地方找到了他。他坐在半满停车场的一小块草地上。法亚兹把车停在他旁边。
— Il faut que je me sauve, me dit-il au moment où je descendais de la voiture. — Très bien. Nous rentrerons à pied. Merci, monsieur Fayyaz. Merci beaucoup. Il se pencha vers moi. — Je peux me permettre une remarque ?
“我得走了。”我下车时他说。“好,我们走回去。谢谢你,法亚兹先生,真的非常感谢。”他探身朝我靠近,“我能说一句话吗?”
— Bien sûr. Je ne distinguais plus de lui que sa paire de lunettes dans laquelle se réfléchissait la lumière faiblissante du jour.
“当然。”暮色渐浓,我几乎只能看见他那副映着余晖的眼镜。
— Le problème avec vous autres Afghans… c’est que vous êtes un tantinet irréfléchis. J’étais épuisé et je souffrais. Outre une douleur lancinante dans la mâchoire, mes fichues blessures à la poitrine et au ventre me faisaient l’effet de barbelés sous la peau. Je m’esclaffai pourtant.
“你们阿富汗人的毛病是……做事有一点不过脑子。”我又累又痛。下巴剧烈抽痛,胸口和腹部那些该死的伤仿佛有铁丝网埋在皮肤底下。可我还是放声大笑起来。
— Qu’est-ce que… ? s’étonna Fayyaz devant les éclats de rire de plus en plus forts qui s’échappaient de moi malgré mon attelle. Tous cinglés, conclut-il.
“怎么回事……?”法亚兹惊讶地望着我。尽管下巴固定着,我的笑声却越来越响。“全是一群疯子。”他最后下了结论。