TCFCA 学习空间
TCFCA 学习空间
追风筝的人Les Cerfs-Volants de Kaboul
Chapitre 25
本章 135 组对照 · 第 4/5 页 · 已读 1%Après plusieurs jours de soleil, je m’étais levé ce dimanche-là au son de la pluie qui tambourinait sur ma fenêtre. La chance et les Afghans… J’avais accompli le namaz du matin et Soraya dormait encore. Le livret de prières obtenu auprès de la mosquée ne m’était plus nécessaire maintenant – les vers me venaient naturellement, sans effort.
连续几天阳光明媚后,那个星期日我在雨点敲打窗户的声音中醒来。运气和阿富汗人啊……我做完晨礼,索拉雅还在睡。如今我已经不再需要从清真寺拿来的祈祷手册——经文会自然而然、毫不费力地从脑海中涌出。
À notre arrivée, vers midi, nous trouvâmes quelques personnes réfugiées sous une grande bâche en plastique tendue au-dessus de six poteaux fichés dans le sol. Du bolani était déjà en train de frire, de la fumée s’élevait des tasses de thé et d’un plat d’aush au chou-fleur. Un magnétophone diffusait en grésillant une vieille chanson d’Ahmad Zahir. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres tandis que nous courions tous les quatre sur l’herbe détrempée, Soraya et moi devant, khala Jamila au milieu et Sohrab derrière, la capuche de son imperméable jaune sautillant dans son dos.
中午前后抵达时,我们发现几个人躲在一张巨大的塑料篷布下。篷布绷在六根插入地面的柱子上。有人已经在煎bolani,茶杯和一盘花椰菜aush上冒着热气。录音机里沙沙作响地播放一首艾哈迈德·扎希尔的老歌。我们四个人跑过湿透的草地时,我嘴角浮起一丝微笑——索拉雅和我在最前面,贾米拉khala在中间,索拉博落在后面,黄色雨衣的兜帽在背后一跳一跳。
— Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? s’étonna Soraya, qui se protégeait des gouttes avec un journal plié.
“什么事这么好笑?”索拉雅问。她用折起来的报纸挡雨。
— On peut faire quitter leur pays aux Afghans, mais leur pays ne les quittera jamais. Une fois à l’abri sous la tente de fortune, Soraya et sa mère se dirigèrent vers une femme obèse qui cuisinait du bolani aux épinards. Sohrab, lui, resta un moment immobile avant de s’avancer sous l’averse, les mains dans les poches, les cheveux – aussi bruns et raides que ceux d’Hassan désormais – plaqués sur son crâne. Il s’arrêta près d’une flaque boueuse et la contempla. Personne ne parut s’en apercevoir. Personne ne lui cria de revenir. Avec le temps, les gens avaient cessé de nous questionner sur ce garçon décidément très étrange que nous avions adopté, et sachant combien les Afghans pouvaient manquer de tact, nous en éprouvions un immense soulagement. On ne nous demandait plus pourquoi il ne parlait jamais. Pourquoi il ne jouait pas avec les autres enfants. Mais surtout, on ne nous abreuvait plus de compassion, de signes d’affliction exagérés, de Oh ! gung bichara. « Oh ! le pauvre petit muet. » L’attrait de la nouveauté s’était dissipé. Sohrab s’était fondu dans le décor comme du papier peint terne.
“你可以让阿富汗人离开他们的国家,可那个国家永远不会离开他们。”躲进临时帐篷后,索拉雅和母亲走向一个正在做菠菜bolani的肥胖女人。索拉博却在原地站了一会儿,随后双手插在口袋里走进雨中。他的头发如今和哈桑的一样棕、一样直,被雨水紧紧贴在头皮上。他在一个泥水坑旁停下,低头望着。似乎没有人注意到,也没有人喊他回来。随着时间推移,人们已经不再追问我们收养的这个古怪男孩,我们对此无比庆幸,因为阿富汗人说话有时实在不懂分寸。再没有人问他为什么从不开口,为什么不和其他孩子玩。最重要的是,再没有人用夸张的悲痛表情、怜悯的话语淹没我们:Oh!gung bichara。“哦,可怜的小哑巴。”新奇感已经消退。索拉博像暗淡的墙纸一样融进背景。
J’échangeai une poignée de main avec Kabir et fis la connaissance de plusieurs de ses amis, parmi lesquels un professeur à la retraite, un ingénieur, un ancien architecte et un chirurgien qui vendait maintenant des hot-dogs à Hayward. Tous évoquèrent avec respect le souvenir de Baba, qu’ils avaient eu l’occasion de rencontrer à Kaboul et qui avait marqué leur vie à chacun d’une manière ou d’une autre. J’avais de la chance d’avoir eu un si grand homme pour père, m’affirmèrent-ils.
我同卡比尔握手,也认识了他的几位朋友,其中有退休教授、工程师、前建筑师,还有一个如今在海沃德卖热狗的前外科医生。他们都怀着敬意谈起爸爸,说曾在喀布尔见过他,而他曾以不同方式影响过他们每一个人的生活。他们说,我能有这样伟大的父亲,真是幸运。
Nous discutâmes des difficultés et de la tâche ingrate qui attendaient Hamid Karzai, de la Loya jirga – l’assemblée traditionnelle de notables – qui se préparait et du retour imminent du roi après vingt-huit années d’exil. Je revoyais encore cette nuit de 1973, quand le cousin de Zaher shah avait renversé la monarchie. Je me rappelais le bruit des mitraillettes et les éclairs argentés qui avaient illuminé le ciel. Ali nous avait pris dans ses bras, Hassan et moi, en nous répétant qu’il ne fallait pas avoir peur, que c’était seulement des canards que l’on chassait.
我们谈到哈米德·卡尔扎伊面临的困难与吃力不讨好的任务,谈到正在筹备的支尔格大会——传统的部族长老会议——也谈到国王在流亡二十八年后即将回国。我仍记得一九七三年的那个夜晚,查希尔国王的堂兄推翻君主制。我记得机关枪的声音,也记得银色闪光照亮天空。阿里把我和哈桑搂在怀里,一遍遍告诉我们不要怕,那不过是有人在打野鸭。
Puis quelqu’un divertit l’assistance avec une histoire du mollah Nasruddin. — Votre père avait aussi un sacré sens de l’humour, vous savez, ajouta Kabir.
随后有人讲了一个毛拉纳斯鲁丁的笑话逗大家。“你父亲也特别有幽默感,你知道吗?”卡比尔补充说。
— N’est-ce pas ? Amusé, je songeai à la manière dont il avait commencé à pester contre les mouches peu après notre arrivée aux États-Unis. Assis à la table de la cuisine, tapette au poing, il surveillait les insectes qui se ruaient d’un mur à l’autre en bourdonnant. « Dans ce pays, même les mouches sont pressées », ronchonnait-il. Comme j’avais ri alors. Cette simple image m’égayait encore.
“可不是吗?”我忍俊不禁,想起我们刚到美国不久,爸爸开始咒骂苍蝇的样子。他坐在厨房桌旁,手握苍蝇拍,盯着那些嗡嗡飞着、从一面墙冲向另一面墙的虫子。“这个国家连苍蝇都赶时间。”他抱怨道。那时我笑得多开心。即使现在,光是想起那个画面仍能让我愉快。
Une accalmie s’installa vers quinze heures. Sous un ciel plombé par des nuages grisâtres, un vent frais se leva. D’autres familles nous rejoignirent. Les Afghans se saluaient, s’étreignaient, s’embrassaient, s’offraient à manger. L’un d’eux alluma un barbecue, et l’odeur de l’ail et des brochettes de poulet ne tarda pas à se répandre. De la musique résonnait – un chanteur qui m’était inconnu. Des enfants riaient. J’entrevis Sohrab, appuyé contre une poubelle, les yeux rivés sur le terrain de base-ball vide.
下午三点左右,雨暂时停了。铅灰色云层压在天空,凉风刮起。更多家庭加入我们。阿富汗人互相问候、拥抱、亲吻,也彼此递送食物。有人生起烧烤炉,不久空气中便飘满大蒜和鸡肉串的香味。音乐响着——一个我不认识的歌手。孩子们在笑。我看见索拉博靠在一个垃圾桶旁,目光落在空荡荡的棒球场上。
Un peu plus tard, alors que l’ancien chirurgien m’expliquait que Baba et lui avaient été dans la même classe au collège, Soraya m’attrapa par la manche.
过了一会儿,那个前外科医生正告诉我,爸爸和他在中学读过同一个班,索拉雅忽然抓住我的袖子。
— Amir, regarde ! Elle me désignait une demi-douzaine de cerfs-volants jaunes, rouges et verts qui volaient haut au-dessus de nous.
“阿米尔,快看!”她指着高高飞在我们头顶的六七只黄色、红色和绿色风筝。
— Et là ! s’exclama-t-elle, après avoir repéré un vendeur à proximité. — Tiens-moi ça, la priai-je en lui confiant ma tasse de thé. Je m’excusai auprès du chirurgien et pataugeai sur le sol mouillé jusqu’au stand, où je choisis un seh-parcha jaune.
“还有那里!”她发现附近有个小贩,又喊了一声。“替我拿一下。”我把茶杯交给她。我向那位外科医生告辞,踩过湿漉漉的地面走到摊位,挑了一只黄色的三角风筝。
— Sawl-e-Nau mubabrak, me dit le marchand. Il empocha mes vingt dollars et me remit le cerf-volant ainsi qu’une bobine de tar. Je le remerciai, lui souhaitai également une bonne année, avant de tester la ligne comme Hassan et moi en avions l’habitude – en tirant dessus avec le pouce et l’index. Mon sang la rougit aussitôt. Nous échangeâmes un sourire.
“Sawl-e-Nau mubarak。”小贩说。他收下我的二十美元,把风筝和一卷tar线交给我。我道谢,也祝他新年快乐,随后像从前我和哈桑那样测试风筝线——用拇指和食指捏住线猛拉一下。鲜血立刻把线染红。我们相视而笑。
Je retournai près de Sohrab qui, bras croisés et nez en l’air, n’avait pas bougé. — Comment tu le trouves ? lui demandai-je. Il me considéra, moi, puis le cerf-volant que je brandissais sous son nez, puis de nouveau le ciel. Quelques gouttes dégoulinèrent de ses cheveux sur son visage.
我回到索拉博身边。他双臂交叉,仰头望天,仍站在原处。“你觉得怎么样?”我问。他先看看我,又看看我举到他面前的风筝,然后重新望向天空。几滴雨水从他的头发流到脸上。
— J’ai lu un jour que, en Malaisie, les gens se servaient des cerfs-volants pour pêcher. Je parie que tu l’ignorais. Ils y attachent une ligne avec un hameçon et les font voler au-delà des eaux peu profondes pour que leur ombre n’effraie pas les poissons. Et dans l’antiquité chinoise, les généraux les utilisaient sur les champs de bataille pour envoyer des messages à leurs troupes. C’est vrai. Je ne te mijote pas d’entourloupe, comme disait ton père. (Je lui montrai mon pouce ensanglanté.) Le tar ne posera pas de problèmes.
“我曾读到过,在马来西亚,人们会用风筝钓鱼。我敢说你不知道。他们把带鱼钩的线系在风筝上,让风筝飞到浅水区之外,这样风筝的影子就不会吓跑鱼。古代中国的将军还会在战场上用风筝给部队传递消息。是真的。我没有给你编故事,按你爸爸的话说,我没在耍花招。”(我把流血的拇指给他看。)“这根tar线没有问题。”
Soraya nous observait depuis la tente, les mains enfoncées sous ses aisselles. Contrairement à moi, elle avait peu à peu renoncé à essayer de nouer des liens avec Sohrab. Les questions sans réponse, les regards vides, les silences – tout cela lui était trop pénible. Elle restait donc en retrait, dans l’attente d’un feu vert de sa part.
索拉雅站在帐篷里看着我们,双手夹在腋下。和我不同,她已经逐渐放弃主动与索拉博建立联系。得不到回答的问题、空洞的眼神、漫长的沉默——这一切对她都太痛苦。于是她退到一旁,等着他发出允许靠近的信号。
Je mouillai mon index. — Ton père shootait dans la poussière avec ses sandales pour déterminer la direction du vent. Il en avait plein en réserve, des astuces comme celle-là. (J’abaissai mon doigt.) Ouest, à mon avis.
我舔湿食指。“你爸爸以前会用凉鞋踢起尘土,判断风从哪个方向吹。他有一大堆这种窍门。”(我放下手指。)“我觉得是西风。”
Sohrab essuya une goutte sur son oreille et se dandina. Muet. Soraya m’avait interrogé quelques mois plus tôt sur le son de sa voix, mais j’avais oublié à quoi elle ressemblait.
索拉博擦掉耳朵上的一滴水,轻轻晃动身体。依旧沉默。几个月前,索拉雅曾问我他的声音是什么样子,可我已经忘记了。
— Je t’ai déjà dit que ton père était le meilleur coureur de Wazir-Akbar-Khan ? Peut-être même de tout Kaboul ? enchaînai-je en accrochant l’extrémité du tar à la boucle prévue à cet effet sur l’axe central. Les gamins du quartier l’enviaient. Il fonçait sans même lever la tête, si bien que les gens prétendaient qu’il poursuivait l’ombre des cerfs-volants. Seulement, ils ne le connaissaient pas aussi bien que moi. Ton père ne poursuivait aucune ombre. Il… il savait où aller, c’est tout.
“我有没有告诉过你,你爸爸是整个瓦兹尔·阿克巴·汗区最厉害的追风筝手?也许还是整个喀布尔最厉害的。”我一边把tar线的一端系到风筝中轴上的线环,一边继续说,“附近的孩子都羡慕他。他跑起来从不抬头,所以人们都说他是在追逐风筝的影子。可他们不像我那样了解他。你爸爸从来不是在追影子。他……他只是知道该往哪里去。”
De nouveaux cerfs-volants avaient rejoint les précédents. Les gens commençaient à s’attrouper avec leurs tasses de thé pour ne rien rater du spectacle.
更多风筝加入空中的队伍。人们捧着茶杯渐渐聚拢,不愿错过眼前的表演。
— Tu veux bien m’aider ? L’attention de Sohrab se porta sur mon seh-parcha, sur moi, puis de nouveau sur le ciel. — D’accord, répliquai-je. Je me débrouillerai tanhaii. Seul. Je pris la bobine dans ma main gauche et déroulai environ un mètre de tar de façon que mon cerf-volant pende juste au-dessus de l’herbe mouillée.
“你愿意帮我吗?”索拉博的目光先落到我的三角风筝上,又落到我脸上,然后重新转向天空。“好吧。”我说,“我自己tanhaii,一个人来。”我用左手握住线轴,放出大约一米tar线,让风筝刚好悬在湿草地上方。
— C’est ta dernière chance. Mais Sohrab était concentré sur deux concurrents emmêlés dans les airs. — Très bien, j’y vais. Je m’élançai dans les flaques en maintenant le bout du tar bien au-dessus de ma tête. Tant d’années s’étaient écoulées depuis mon dernier tournoi, et je redoutai un instant de me couvrir de ridicule. La bobine se dévida à mesure que je courais. Le verre pilé m’entailla la paume droite, mais mon cerf-volant s’élevait derrière moi à présent, gagnant sans cesse de la hauteur. J’accélérai. La bobine tourna plus vite et le fil m’infligea une nouvelle coupure. Je m’arrêtai. Pivotai sur mes talons. Souris. Tout là-haut, mon cerf-volant oscillait comme un pendule, avec ce bon vieux bruit d’oiseau de papier battant des ailes que j’avais toujours associé aux matins d’hiver à Kaboul. Moi qui n’avais pas joué ainsi depuis un quart de siècle, je retrouvai soudain mes douze ans et tous mes réflexes de cette époque.
“这是你最后的机会。”可索拉博正全神贯注地望着空中两只缠斗的风筝。“好吧,我要开始了。”我跑进一个个水洼,把tar线的末端高举过头顶。距离上一次参加风筝比赛已经过去那么多年,有一瞬间我担心自己会当众出丑。随着我奔跑,线轴不断放线。碎玻璃割开我的右掌,但风筝已经在身后升起,而且越来越高。我加快脚步。线轴转得更快,风筝线又割出一道伤口。我停下来,脚跟一旋,转过身,笑了。高空中,我的风筝像钟摆一样摇曳,发出那种熟悉的纸鸟振翅声——在我的记忆里,它永远属于喀布尔冬日的清晨。我已经四分之一个世纪没这样玩过,可这一刻,我突然又变成十二岁的孩子,找回了当年的所有本能。
Je sentis une présence près de moi. Sohrab m’avait emboîté le pas. — Tu veux essayer ? lui proposai-je. Il ne répondit pas. Lorsque je lui offris la ligne cependant, il sortit la main de sa poche et, après avoir hésité, finit par l’accepter. Mon cœur se mit à battre tandis que j’enroulais la partie trop lâche du fil. Nous restâmes côte à côte, en silence, le cou tendu vers l’arrière.
我感觉身旁多了一个人。索拉博跟了过来。“想试试吗?”我问。他没有回答。然而当我把线递给他时,他从口袋里伸出手,犹豫片刻,终于接了过去。我把过松的线重新绕紧,心脏开始怦怦直跳。我们肩并肩站着,沉默地仰起脖子望向身后。
Autour de nous, les enfants se pourchassaient, glissaient sur la pelouse. La bande sonore d’un vieux film indien avait succédé à la chanson d’Ahmad Zahir. Quelques vieillards effectuaient la prière de l’après-midi sur une toile de plastique posée par terre. L’air embaumait l’herbe mouillée, la fumée et la viande grillée. J’aurais aimé que le temps se fige.
四周,孩子们互相追逐,在草地上滑倒。艾哈迈德·扎希尔的歌已经换成一部印度老电影的配乐。几个老人跪在铺在地上的塑料布上做午后礼拜。空气里弥漫着湿草、烟和烤肉的气味。我真希望时间能就此停住。
Je découvris soudain que nous avions de la compagnie. Un cerf-volant vert arrivait sur nous. Je localisai son propriétaire, un gamin aux cheveux coupés ras planté à environ trente mètres de là. Sur son tee-shirt, on lisait « The Rock Rules » en lettres grasses majuscules. Voyant que je l’avais repéré, il me sourit et agita le bras. Je le saluai à mon tour.
我突然发现有对手靠近。一只绿色风筝正朝我们飞来。我找到了它的主人——一个剃着短发的男孩,站在大约三十米外。他的T恤上用粗体大写字母印着“THE ROCK RULES”。见我发现了他,他笑着挥手。我也向他挥了挥手。
Sohrab me rendit la ligne. — Tu es sûr ? Il prit la bobine à la place. — Très bien. On va lui donner une sabagh, une bonne leçon, d’accord ? Je l’examinai à la dérobée. Son regard morne et éteint avait disparu, et il ne perdait pas de vue les deux cerfs-volants. Les joues un peu rouges, il semblait sur le qui-vive. Éveillé. Vivant. Quand avais-je oublié que, en dépit de tout, il n’était encore qu’un enfant ?
索拉博把风筝线还给我。“你确定?”他改为接过线轴。“好吧。我们给他一顿sabagh,好好教训他,怎么样?”我偷偷观察索拉博。他那双黯淡死寂的眼睛已经变了,始终紧盯着两只风筝。他的脸颊微微泛红,整个人警觉而专注。醒着。活着。我什么时候竟忘了,不管经历过什么,他终究还只是个孩子?
Notre adversaire amorça une manœuvre. — Patience, décidai-je. Laissons-le s’approcher un peu. (Le cerf-volant vert piqua vers l’avant à deux reprises et réduisit la distance qui nous séparait.) Allez, viens, murmurai-je.
对手开始采取动作。“耐心。”我说,“让他再靠近一点。”(绿色风筝向前俯冲两次,缩短了我们之间的距离。)“来吧,过来。”我低声说。
Tout près à présent, et un peu au-dessus de nous, il ne se doutait pas du piège qui l’attendait. — Regarde, Sohrab. Je vais te montrer l’une des attaques favorites de ton père, la montée- plongée.
它现在离得很近,就在我们稍上方,完全不知道陷阱正在等待它。“看好了,索拉博。我给你演示你爸爸最喜欢的一招:爬升俯冲。”
À côté de moi, Sohrab respirait rapidement par le nez. Tandis que la bobine se dévidait entre ses paumes, j’aperçus les tendons de ses poignets scarifiés, semblables aux cordes d’un rubab. Je clignai des paupières et, un bref instant, les mains qui serraient la bobine furent celles, calleuses et aux ongles cassés, d’un garçon affligé d’un bec-de-lièvre. J’entendis un corbeau croasser quelque part et redressai la tête. Le parc étincelait sous un manteau de neige d’une blancheur si aveuglante qu’elle me brûlait les yeux. Sans bruit, elle tombait des arbres par petits paquets. Je humai l’odeur d’un qurma aux navets. De mûres séchées. D’oranges amères. De sciure de bois et de noix. Le silence hivernal, fait de sons étouffés, était assourdissant. Puis, de très loin, me parvint une voix nous criant de rentrer. La voix d’un homme qui traînait la jambe droite.
索拉博就在我身边,鼻息变得急促。线轴在他掌间放线时,我看见他布满伤疤的手腕上,那些肌腱像鲁巴卜琴的弦。我眨了眨眼。有那么短短一瞬,握住线轴的变成另一双手——长着老茧,指甲破裂,属于一个生着豁嘴的男孩。我听见某处乌鸦鸣叫,抬起头来。公园披上一层耀眼的白雪,亮得灼痛我的眼睛。雪从树枝上无声地一小团一小团落下。我闻到萝卜qurma的香味,闻到桑葚干、苦橙、木屑和核桃。冬天由一切被压低的声音组成的寂静,震耳欲聋。随后,从极远处传来一个声音,喊我们回家。那是一个走路拖着右腿的男人的声音。
Le cerf-volant vert planait juste au-dessus de nous. — Il est cuit, affirmai-je à Sohrab. Mon rival hésita. Maintint sa position. Puis entama une brusque descente. — Le voilà ! Je m’en sortis parfaitement. Malgré toutes ces années. Je relâchai ma prise sur la ligne, puis tirai un coup sec. Une série de rapides mouvements du bras me permit d’exécuter un demi-cercle dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Je me retrouvai soudain au-dessus de mon adversaire. Il paniqua et tenta de s’échapper, mais trop tard. Je tirai de nouveau, fort cette fois, et notre cerf- volant fondit sur sa proie, sciant son fil au passage. Je sentis presque celui-ci se rompre.
绿色风筝正悬在我们头顶。“他完了。”我对索拉博说。对手犹豫了一下,保持位置,随后猛然俯冲。“来了!”我完成得无可挑剔。即便过去这么多年。我先松开风筝线,再猛地一扯。手臂一连串迅速动作,让风筝逆时针划出半圆。我突然来到对手上方。他慌了,试图逃走,可已经太迟。我再次拉线,这次用尽力气。我们的风筝扑向猎物,掠过时锯断了对方的线。我几乎能感觉到那根线绷断。
En moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, le cerf-volant vert partit en vrille. Derrière nous, les gens nous acclamaient. Des sifflets et des applaudissements s’élevèrent. J’étais essoufflé. La dernière fois que j’avais éprouvé une telle décharge d’adrénaline remontait à l’hiver 1975, juste après ma victoire, quand j’avais surpris le visage rayonnant de joie de mon père.
转眼之间,绿色风筝打着旋坠落。身后的人群为我们欢呼,口哨声和掌声响起。我气喘吁吁。上一次感受到如此强烈的肾上腺素冲击,还是一九七五年那个冬天——我赢得比赛之后,看见父亲脸上洋溢着喜悦。
Je baissai les yeux sur Sohrab. Ses lèvres s’étaient légèrement retroussées d’un côté. Un sourire. De travers. À peine perceptible. Mais bien réel. Derrière nous, une bande d’enfants se lança bruyamment à la poursuite du cerf-volant décapité. Je me retournai vers Sohrab, dont les traits avaient recouvré leur masque impassible. Je n’avais pourtant pas rêvé, j’en étais certain.
我低头看向索拉博。他一侧的嘴唇微微翘了起来。一个笑容。歪歪的。几乎看不出来。却真实存在。身后,一群孩子喧闹着追逐那只被割断线的风筝。我再看索拉博,他的脸已经重新戴上毫无表情的面具。但我确信自己没有看错。