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小小的国度Petit pays
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本章 120 组对照 · 第 1/4 页 · 已读 1%La guerre à Bujumbura s’était intensifiée.
布琼布拉的战争愈演愈烈。
Le nombre de victimes était devenu si important que la situation au Burundi faisait désormais la une de l’actualité internationale.
伤亡人数已经多到使布隆迪局势登上国际新闻头条。
Un matin, Papa a retrouvé le corps de Prothé dans le caniveau, devant chez Francis, criblé de cailloux.
一天早晨,爸爸在弗朗西斯家门前的排水沟里发现了普罗泰的尸体;他的身体被石块砸得千疮百孔。
Gino a dit que ce n’était qu’un boy, il ne comprenait pas pourquoi je pleurais.
吉诺说他不过是个佣工,不明白我为什么哭。
Quand l’armée a attaqué Kamenge, on a perdu toute trace de Donatien.
军队进攻卡门盖后,我们彻底失去了多纳西安的消息。
A-t-il lui aussi été tué ?
他也被杀了吗?
A-t-il fui le pays, comme tant d’autres, en file indienne, un matelas sur la tête, un baluchon dans une main, ses enfants dans l’autre, simples fourmis dans les marées humaines qui coulaient le long des routes et des pistes d’Afrique en cette fin de vingtième siècle ?
还是像许多人一样逃离了这个国家,排成长队,头顶床垫,一只手提着包袱,另一只手牵着孩子,像二十世纪末沿非洲公路和小径流动的人潮中一只只微小的蚂蚁?
Un ministre envoyé par Paris est arrivé à Bujumbura avec deux avions de rapatriement pour les ressortissants français.
巴黎派来一名部长,带着两架飞机抵达布琼布拉,准备撤离法国公民。
L’école a fermé du jour au lendemain.
学校一夜之间关闭了。
Papa nous a inscrits pour le départ.
爸爸替我们登记了撤离名单。
Une famille d’accueil nous attendait, Ana et moi, là-bas, quelque part en France, à neuf heures d’avion de notre impasse.
在九个小时航程之外的法国某处,有一个寄养家庭正等着我和安娜;那里离我们的小巷如此遥远。
Avant de partir, je suis retourné au Combi pour récupérer le télescope et le rapporter à Mme Economopoulos.
离开前,我回到那辆大众面包车,取出望远镜,还给伊科诺莫普洛斯夫人。
Au moment de me dire au revoir, elle a filé vers sa bibliothèque et a déchiré une page d’un de ses livres.
向我告别时,她快步走向书架,从一本书里撕下一页。
C’était un poème.
那是一首诗。
Elle aurait préféré le recopier, mais on n’avait plus le temps de recopier des poèmes.
她本来更愿意把诗抄下来,可我们已经没有抄诗的时间。
Je devais partir.
我必须离开。
Elle m’a dit de garder ces mots en souvenir d’elle, que je les comprendrais plus tard, dans quelques années.
她让我把这些文字留作纪念,说几年以后,我会理解它们。
Même après avoir refermé son lourd portail, j’entendais encore sa voix derrière moi me prodiguer d’intarissables conseils : prends garde au froid, veille sur tes jardins secrets, deviens riche de tes lectures, de tes rencontres, de tes amours, n’oublie jamais d’où tu viens...
即使她沉重的大门已经在我身后关上,我仍能听见她不厌其烦地给我忠告:小心寒冷,守护好你秘密的花园,让阅读、相遇和爱情使你富足,永远不要忘记自己来自哪里……
Quand on quitte un endroit, on prend le temps de dire au revoir aux gens, aux choses et aux lieux qu’on a aimés.
离开一个地方时,人会花时间向深爱过的人、物件和地点道别。
Je n’ai pas quitté le pays, je l’ai fui.
我不是离开这个国家,而是逃离它。
J’ai laissé la porte grande ouverte derrière moi et je suis parti, sans me retourner.
我把身后的门敞得大大的,头也不回地走了。
Je me souviens simplement de la petite main de Papa qui s’agitait au balcon de l’aéroport de Bujumbura.
我只记得爸爸那只小小的手,在布琼布拉机场的阳台上不断挥动。
Je vis depuis des années dans un pays en paix, où chaque ville possède tant de bibliothèques que plus personne ne les remarque.
我已经在一个和平的国家生活多年;那里的每座城市都有许多图书馆,多到人们不再留意它们。
Un pays comme une impasse, où les bruits de la guerre et la fureur du monde nous parviennent de loin.
那个国家像一条与世隔绝的小巷,战争的声音和世界的狂怒只能从远方传来。
La nuit, me revient le parfum de mes rues d’enfance, le rythme calme des après-midi, le bruit rassurant de la pluie qui tambourine le toit de tôle.
夜里,童年街道的气味、午后平缓的节奏,以及雨点敲打铁皮屋顶时令人安心的声音都会重新回到我身边。
Il m’arrive de rêver ; je retrouve le chemin de ma grande maison au bord de la route de Rumonge.
有时我会做梦;梦里,我重新找到通往鲁蒙盖公路旁那座大房子的路。
Elle n’a pas bougé.
房子没有任何变化。
Les murs, les meubles, les pots de fleurs, tout est là.
墙壁、家具、花盆,一切都在那里。
Et dans ces rêves que je fais la nuit d’un pays disparu, j’entends le chant des paons dans le jardin, l’appel du muezzin dans le lointain.
在这些关于一个已经消失的国家的夜梦里,我听见花园中孔雀的鸣叫,也听见远方宣礼员的召唤。
L’hiver, j’observe avec tristesse le marronnier effeuillé dans le square en bas de mon immeuble.
冬天,我悲伤地望着公寓楼下小广场上落尽叶子的栗树。
J’imagine à sa place la puissante voûte des manguiers qui rafraîchissait mon quartier.
我想象它的位置上,曾是为整个街区遮阴降温的浓密芒果树冠。
Lors de mes insomnies, j’ouvre un petit coffre en bois caché sous le lit, des fragrances de souvenirs me submergent en regardant les photos de tonton Alphonse et de Pacifique, ce cliché de moi dans un arbre pris par Papa un jour de l’an, ce scarabée blanc et noir ramassé dans la forêt de la Kibira, les lettres parfumées de Laure, les bulletins de votes de l’élection de 1993 ramassés dans l’herbe avec Ana, une carte d’identité tachée de sang... J’enroule une tresse de Maman autour de mes doigts et je relis le poème de Jacques Roumain offert par Mme Economopoulos le jour de mon départ : « Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes... »
失眠时,我会打开藏在床底的小木箱;看着阿尔方斯舅舅和帕西菲克的照片、爸爸在某个元旦为站在树上的我拍下的照片、我从基比拉森林捡来的黑白甲虫、洛尔那些带着香味的信、我和安娜从草地上捡起的1993年选票,还有一张沾血的身份证,回忆的气息便将我淹没……我把妈妈的一绺辫发绕在手指上,再次读起离开那天伊科诺莫普洛斯夫人送给我的雅克·鲁曼诗句:“一个人若属于一个国家,若在那里出生,正所谓土生土长,那么这个国家就在他的眼睛、皮肤和双手中;树木是它的头发,土地是它的血肉,石头是它的骨骼,河流是它的血液,还有它的天空、滋味、男人和女人……”